Dossier #1 : La Casa de Papel

Partie 2 : Le jeu du chat et de la souris (Professeur, Marseille, Lisbonne, Alicia Sierra)

Dans ce chapitre, nous parlerons du Professeur, l’homme aux multiples visages, ainsi que de sa relation avec Marseille, et naturellement Lisbonne. Si le jeu du chat et de la souris s’est d’abord pratiqué avec Lisbonne, il se réalise ensuite face à une adversaire redoutable : Alicia Sierra.

I. Le Professeur (et Marseille) : Le roulement des masques

« Yo soy el Profesor. »

Nous avons pu constater que La Casa de Papel regorge de références historiques, mais beaucoup de références appartiennent au domaine de la pop culture. Le Professeur a deux identités distinctes. Cette dichotomie est comparée à celle qui existe entre Superman et Clark Kent.

A priori, la comparaison avec Superman peut sembler ironique car lui et Sergio Marquina (Álvaro Morte) n’ont guère de points communs. Alors que Superman fait semblant d’être ringard lorsqu’il devient Clark Kent, le Professeur l’est naturellement. Ce rôle de Clark Kent est inné. La paire de lunettes n’est pas un déguisement pour lui. Le créateur de la série, Álex Pina, voulait surprendre avec le profil des personnages. Il est vrai qu’il est inattendu de voir un homme aussi timide et reclus, à la tête d’un groupe de malfaiteurs. Il s’agit, de surcroît, d’un génie du crime. C’est malgré tout cette caractéristique qui va lui permettre de rester en dehors des radars de la police, ou de Raquel elle-même. Le Professeur est un homme modeste, qui répète, moult fois, que les plans ne sont pas réellement de lui. Alors que le premier plan rendait hommage à son père, le deuxième rend hommage à son frère. Malgré ses préjugés à l’égard des relations personnelles, le Professeur est un homme profondément attaché à sa famille ou aux gens qu’il aime. Son frère, Andrés aka Berlin, a tout d’un psychopathe. Mais cela ne l’empêche pas de l’idéaliser et ce, même après sa mort. Dans la troisième partie, un portrait de Berlin veille sur la nouvelle équipe, au sein de la « salle de classe. » Par dessus-tout, Sergio va tomber profondément amoureux de son adversaire : l’inspectrice Raquel Murillo. Malgré son apparente froideur, le Professeur est un idéaliste. Ce n’est pas certain qu’il agisse pour l’argent, ou en tout cas, pas seulement. Comme il le dit si bien à Raquel, les billets ne sont que « du papier ». Une expression qui renvoie au titre de la série, comme à la passion de Sergio, pour les Origamis. Le Professeur n’est pas à l’aise en société, cela pourrait s’expliquer par le fait qu’il ait passé son enfance dans une chambre d’hôpital. « Je suis plutôt âgé mais tu es mon premier amour », confie-t-il à Raquel. Sergio est un monsieur tout le monde, qui se démarque par ses facultés intellectuelles et son idéalisme.

Mais comme Superman, il a une identité secrète. Le Professeur est considéré comme un terroriste par les uns, et un ange gardien ou un Robin des bois moderne, par les autres. Il commet bien des actes répréhensibles, mais il s’efforce de ne jamais trahir ses principes. Par exemple, l’idée de causer, même indirectement, la mort de quelqu’un, lui est insupportable. C’est pourquoi il choisit d’épargner la mère de Raquel, qui détient des informations pouvant le trahir, avant même de comprendre qu’elle souffre de la maladie d’Alzheimer. De plus, ne pas faire de victime lui permet de mettre l’opinion publique de son côté, et d’obtenir plus de pouvoir face aux autorités. Le Professeur a des défauts, bien entendu. Très minutieux, il aime que tout soit ordonné et ne supporte pas que quelque chose puisse échapper à son contrôle. L’improvisation, très peu pour lui. Il avait raison de se méfier des relations personnelles puisque, croire à la mort de Lisbonne, à la fin de la partie 3, lui fait perdre ses moyens, et déclarer la guerre. Il trahit ses propres principes en autorisant la bande à tirer sur un char, avec un lance-roquettes. Toutefois, que serait-il advenu de lui si les voleurs de l’équipe n’étaient pas devenus des amis, ou une famille ? « C’est pas une entreprise familiale », rétorque-t-il à Moscou, lorsque celui-ci veut engager son « filleul ». Malgré tout, le Professeur finira par engager tous les amis mineurs de Moscou, pour libérer Lisbonne, à la fin de la partie 4. Il n’est pas infaillible mais il apprend de ses erreurs, en s’ouvrant aux autres et en conciliant, petit à petit, le devoir et la vie sentimentale.

J’ai dit que le Professeur était un homme profondément idéaliste. Il parle de ses plans avec une telle passion qu’on peut l’imaginer comme un magicien qui promet un tour fabuleux. D’ailleurs, le Plan Paris est ni plus ni moins un tour d’illusionniste. Le Professeur croit sincèrement qu’un plan peut se dérouler à la perfection, et sans sacrifier personne, pourvu qu’on ait tout prévu. Malgré les mises en garde de son frère, Andrés, il tombera de haut lorsqu’il réalisera que ce n’est pas le cas. Cet idéalisme, pour ne pas dire cette naïveté, sont inspirés de Don Quichotte, de Cervantes. C’est pourquoi le Professeur a tendance à se glisser dans des situations farfelues, tout en se qualifiant d’homme « chanceux ». C’est pourquoi il passe en moto, avec Marseille, durant la partie 4, devant un champ de moulins. Don Quichotte, c’est ce chevalier qui se bat contre des moulins à vent, en les prenant pour des géants. Il prétend pouvoir sauver le monde, alors qu’il n’est pas un vrai chevalier. Le Professeur pense faire dérailler le système, alors qu’il n’a rien d’un justicier ou d’un super-héros. Il reste un criminel. Le Professeur a une vision biaisée de la réalité, comme tout un chacun.

D’autre part, que serait Don Quichotte sans son écuyer Sancho ? Celui-ci n’est mis en avant que tardivement, dans la partie 4. Il s’agit de Marseille (Luka Peros), un personnage discret mais qui fait souvent sourire, grâce aux running gags sur son caractère réservé ou sur son animalisme. La série ne n’en prend pas aux animalistes, loin s’en faut, car l’humour reste bienveillant. Mais qui n’a pas souri en voyant Sofia, le furet, affublé d’une combinaison de braqueur ? Qui n’a pas ri lorsque Marseille a refusé d’ouvrir un porc mort, par éthique, ou encore quand il a parlé de son histoire avec sa chienne Pamuk, en croyant consoler le Professeur, qui venait de perdre Lisbonne ? Au reste, les aventures entre le Professeur et Marseille sont délibérément fantasques, qu’il s’agisse de fuir un taureau à reculons, ou encore de sauver de la noyade un policier qu’ils souhaitaient intimider. Et ce, dans une piscine !

II. Lisbonne : L’émancipation d’une femme

Raquel is not amused.

L’inspectrice Raquel Murillo (Itziar Ituño) est un personnage à la fois fort et poignant de la série. Dans les deux premières parties, il s’agit de l’inspecteur de police chargé de négocier, par téléphone, avec le Professeur, durant la prise d’otages. Le jeu du chat et de la souris entre le Professeur et Raquel enchaîne les prises de risques et les sensations fortes. On peut imaginer que Sergio aborde Raquel, dans le bar, afin de lui soutirer des informations. Il apparaît alors comme un personnage manipulateur. Raquel est tentée, à plusieurs reprises, de l’arrêter avant de se raviser, faute de preuve. Par dessus-tout, son instinct d’inspectrice est brouillé par les sentiments qu’elle développe à l’égard de Sergio. Décrire une telle relation est une prise de risque, car il est aisé de faire un faux pas et de véhiculer un message douteux. Raquel a été battue par son ex-mari. D’une part, elle montre que n’importe quelle femme, aussi forte semble-t-elle être, peut avoir été sous l’emprise toxique d’un homme. D’une autre part, elle a assez souffert. Pourquoi le Professeur lui ferait-il subir une nouvelle trahison amoureuse ? Mais la série parvient à jongler délicatement avec ces composants. Non seulement Sergio paraît plus vulnérable que Raquel, mais en plus, il est pris à son propre piège, en tombant amoureux d’elle. Il n’est pas rare de voir deux rivaux se compléter au point d’entretenir une relation ambiguë. Mais cette fois-ci, les deux adversaires deviennent carrément un couple.

Hélas, Raquel ne souffre pas seulement à cause de son ex-mari ou de la duperie de Sergio. Elle est aussi victime de la jalousie maladive de son collègue et ami Angel, même si celui-ci se ressaisira et restera proche d’elle, y compris dans les dernières parties. Par dessus-tout, elle est au cœur de remarques et de réactions terriblement sexistes, au sein de la police. Grâce à l’écriture des personnages et à la merveilleuse prestation de Itziar Ituño, l’évolution de Raquel semble naturelle. Elle finit par douter de tout, au point de se demander qui sont les « gentils » ou les « méchants ». Dégoûtée par le fonctionnement de la presse et de la police, elle finit par démissionner et tenter de rejoindre le Professeur, dont elle est éprise, au bout du monde. C’est ainsi qu’elle devient Lisbonne, un membre à part entière de la bande. L’instant de gloire de Lisbonne est probablement lorsqu’elle fait un bain de foule involontaire, devant la Banque d’Espagne, et que plusieurs personnes la saluent ou l’enlacent avec admiration.

Le moment le plus poignant est lorsqu’on croit que Lisbonne a été exécutée par la police, à cause d’Alicia Sierra. Celle-ci utilise alors l’ouïe comme générateur de paranoïa. Lisbonne elle-même a cru qu’elle serait tuée, ce qui ne l’a pas empêchée de rester loyale envers le Professeur, jusqu’au bout. Celui-ci sera brisé par le deuil.

Raquel est une femme qui s’émancipe et qui parvient tout de même à concilier cela avec son amour indéfectible à l’égard du Professeur. N’en déplaise à Alicia Sierra qui affirme que tous les hommes sont pareils, afin de la faire douter de Sergio. La Casa de Papel a la force d’épouser plusieurs points de vue, avec plus ou moins d’impartialité. C’est ensuite au spectateur de faire son propre jugement.

III. Alicia Sierra : Bienfaitrice malfaisante

Najwa Nimri incarne Alicia Sierra.

Bien que certains policiers sortent leur épingle du jeu, les forces de l’ordre ont rarement le bon rôle dans La Casa de Papel, au point d’en devenir caricaturales. Pietro puis Tamayo sont présentés comme des hommes hypocrites, prétendant avoir la situation en mains alors que ce n’est pas le cas. Pietro est complètement archaïque, et sexiste de surcroît. Tamayo est une véritable boule de nerfs qui ne ménage guère ses hommes, dès qu’il perd le contrôle de la situation. (Si tant est qu’il ait un jour maîtrisé quoique ce soit). Alicia se moque même de son attitude lorsque, à l’instar de John Wayne, Tamayo crache un modeste « la loi c’est moi. » Les policiers sont souvent ridiculisés, lorsqu’ils ne sont pas présentés comme les antagonistes de l’histoire. Après tout, ils n’hésitent pas à bafouer les droits de l’homme et à mentir à la presse, lorsqu’ils séquestrent Rio illégalement.

Gandia, même s’il est « seulement » agent de sécurité de la Banque d’Espagne est sans doute l’un des personnages les plus antipathiques de la série. Gandia est rapidement présenté comme une menace interne. Avant de lui suggérer de se libérer, Palerme prend en exemple le xenomorphe dans Alien, le 8e passager ou John McClane, dans Piège de Cristal. L’idée d’intégrer un ennemi insidieux comme Gandia est brillante, du moins sur le papier. En effet, comme le dit Tokyo, il n’y a rien de plus anxiogène qu’une menace invisible : « Ce qu’on ne voit pas est ce qui nous obsède le plus ». On salue, au passage, l’analogie avec le sentiment de jalousie qui accapare l’esprit de certains membres de la bande, à ce moment-là. Il est regrettable que l’intrigue autour de Gandia tire légèrement en longueur, au point que l’épisode final de la partie 4 ne propose pas de véritable dénouement, mais simplement une ouverture vers une éventuelle partie 5. De plus, certaines scènes avec Gandia mettent à l’épreuve la suspension consentie de l’incrédulité, puisqu’il est lui-même à l’épreuve des balles. Enfin, l’agent de sécurité est un homme raciste et homophobe, causant gratuitement la perte d’un des personnages les plus aimés de la série. Il paraît difficile de s’émouvoir de son sort certes incertain, lorsque Bogota s’occupe de lui.

L’agent des forces de l’ordre qui aura le plus marqué les esprits est sans doute Alicia Sierra. Elle apparaît pour la première fois lorsqu’elle gère la séquestration et la torture de Rio. Elle est presque au terme de sa grossesse, mais cela ne l’empêche pas de se montrer terriblement insensible. Les spectateurs comprennent, dès la fin de la partie 3, qu’ils n’ont pas fini de la détester, entre la simulation de la mort de Raquel et la tentative de meurtre à l’encontre de Nairobi, après l’avoir appâtée avec son propre fils. Alicia a beau être une future mère, elle n’éprouve aucune empathie à l’égard d’une autre.

On peut considérer qu’il s’agit d’un reflet inversé de Lisbonne. C’est Alicia qui négocie avec le Professeur, mais sa rhétorique et ses méthodes sont très différentes de celles de Raquel. De plus, elle semble connaître Raquel depuis des années. Cela ne la rend pas moins pernicieuse à son égard, bien au contraire. Ce qui est étonnant, c’est que malgré les coups retors d’Alicia, nous sommes amenés à prendre en compte des circonstances atténuantes. Comme pour Berlin, Palerme ou d’autres personnages moralement discutables, ces circonstances atténuantes ne permettent pas d’excuser Alicia, mais du moins de la comprendre voire d’éprouver un peu plus d’empathie à son égard. Ainsi, on apprend, sur le tard, qu’elle est veuve depuis peu de temps. Si elle est si acharnée dans son travail, c’est parce qu’elle n’a aucune envie de rentrer chez elle et de continuer à vivre normalement. Il est heureux de trouver enfin un peu de nuances parmi les figures de la police. L’effet de miroir avec Raquel ne s’arrête pas là, puisque, lorsque les faits à l’encontre de Rio sont ébruités, Alicia est désignée pour devenir le bouc-émissaire. Elle refuse de se laisser faire et révèle des secrets d’état à la presse, avant de s’échapper. C’est ainsi que, dans la dernière scène de la partie 4, on la voit retrouver le Professeur. Il est naturel d’être inquiet pour celui que l’on peut percevoir comme le protagoniste de la série. Va-t-elle le tuer ? Va-t-elle le mettre en état d’arrestation ? Va-t-elle le faire chanter pour s’extraire de cette situation délicate ? Il est probable qu’elle cherche à collaborer avec le Professeur, à l’image de Raquel, même s’il risque d’être moins enthousiaste et consentant.

Ce qui me trouble le plus c’est que Najwa Nimri, l’actrice d’Alicia, interprète Bella Ciao dans le générique de fin de la partie 4. Cette reprise peut être perçue comme ironique, ou encore comme très mélancolique. A mes yeux, ce choix de générique est plus intriguant encore que la scène finale.

Introduction

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Partie 4

Partie 5

Bilan

13 réflexions au sujet de « Dossier #1 : La Casa de Papel »

  1. Ton article m’en aura beaucoup appris sur la série, que ce soit le nom prévu de base, le fait que tous les personnages auraient dû être mourants (une excellente idée, soulignée par le générique qui prend tout son sens !) ou encore des détails comme les noms de planètes. C’est fascinant de voir les idées de départ avec ce que la série est devenue. Certes, c’est une série qui accumule incohérences ou choses trop grosses pour être crédibles, mais ça fait aussi partie de son charme, de son excentricité. Autant que son coeur, qui correspond aux personnages. On s’attache à eux bien plus que dans d’autres séries, et tu as bien raison de faire ton hors-série (nom bien trouvé pour ce nouveau format !) en passant par leur regard.

    Tu analyses finement les utilités du masque de Dali, des couleurs et de l’hymen de la série. Ils font bien partie de son identité propre tout en s’étant ensuite fait approprier par les fans ou par des mouvements populaires, comme avec le masque de V pour Vendetta avant lui. C’est une façon de montrer à quel point la fiction peut être particulièrement puissante jusqu’à inspirer la réalité. Les passages de Josepha Rouxel y apportent un éclairage supplémentaire riche sur le choix de Dali, merci !

    Tu m’apprends aussi beaucoup de choses sur les personnages, notamment Tokyo avec l’inspiration de Mathilda Lando, ou argument supplémentaire avec son caractère très fort, à ce qu’elle soit la narratrice. Il est vrai qu’elle a beaucoup de coeur qui contribue à équilibrer la série. J’aime beaucoup la comparaison du professeur avec Don Quichotte et son acolyte Sancho/Marseille, que je n’avais pas vraiment remarquée. Mais c’est vrai que le prof a le don de se retrouver dans les pires situations absurdes, pour un personnage extrêmement réservé. C’est d’ailleurs un plaisir (comme pour Berlin ou Palerme) de voir ce type de protagoniste avec une place aussi importante dans une série. Ça permet à bien des gens discrets de s’identifier à lui et ça change. Et le clin d’oeil avec les lunettes, pour Superman… Je ne suis pas spécialement fan de Rachel, mais elle est aussi un beau portrait de personnage complexe, qui évolue avec justesse. Quant à Alicia, elle a beau se rattraper un peu vers la fin, je la trouve toujours aussi détestable, haha. Même si elle a subi des choses difficiles, je la trouve terriblement insensible, égocentrique et vulgaire, ce qui n’aide pas à l’apprécier. J’ignorais totalement que c’était elle qui interprétait le générique de la dernière partie, cela a un côté très glaçant et désabusé, de mauvais augure pour la suite.

    Tu abordes bien les personnages controversés. Je suis toujours étonnée de cet aspect chaman qui fait partie du personnage, même si cela explique plusieurs de ses comportements. On peut aussi supposer qu’il a espéré que ce genre de connexion mystique l’aide à comprendre les autres… Il est en tout cas l’un des personnages les plus ambigus de toute la série. Et sa rédemption conclut l’arc du personnage en beauté, même si on le redécouvre ensuite avec plaisir dans les flash-back, toujours aussi ambigu, un peu plus humain, moins sinistre en un sens… et qui fend un peu le coeur avec sa dernière scène, avec Palerme, qui est aussi magnifique que triste. La similarité de ce dernier avec le Gouverneur est frappante, d’ailleurs. Deux hommes qui sont assez détruits intérieurement et prêts à tout pour que ça aille dans leur sens, quitte à semer le chaos et la mort. Heureusement que le retournement qu’il subit avec Nairobi commence à le rendre sympathique, et plus humain, là aussi. La série a l’art de retourner les personnages pour mieux les faire découvrir.

    La présence de Manille est brève, mais bien exploitée, même si elle ne fait pas énormément avancer l’intrigue. Les créateurs ont réussi à faire passer bien des messages par les femmes, féministes ou LGBT, et c’est vraiment plaisant, d’autant que l’Espagne est effectivement en avance sur ces points sociétaux, notamment par rapport à la France. Je ne me rappelais pas que la scène des regards entre Nairobi, Moscou, Berlin et Oslo avait déjà été utilisée auparavant, mais elle est déchirante. Bogota sera peut-être encore plus développé par la suite, comme Marseille a commencé à l’être, mais je n’ai pas beaucoup d’affection pour lui. Sa relation avec Nairobi était en effet un peu artificielle, mais tu décris très bien son évolution.

    C’est au moment du Bella Ciao de Moscou que j’ai vraiment commencé à apprécier la série. Comme tu le dis bien, c’est là qu’on sent l’unité de la bande, qu’on sent leur coeur et leur complicité. Le début d’une famille qui perdure. Moscou manque, décidément. Un Davos dans l’âme ! Stockholm est aussi un des personnages qui a l’une des plus belles évolutions et qui grandit le plus, acquérant maturité et assurance. Elle apporte âme et coeur à l’équipe également. Et je partage entièrement ta vision d’Arturito en miroir de la mesquinerie de chacun. On ne déteste pas les personnages sans raison. Et tu as décrit avec richesse chacun des protagonistes de la série, qu’on les aime ou qu’on les déteste, mais ils sont surtout très humains.

    Je ne peux que te féliciter encore pour ce superbe article, riche et passionnant à tous égards. J’en ai appris pas mal, et je suis toujours contente de lire d’aussi intelligentes analystes des personnages, de ce qu’ils représentent ou des enjeux qu’ils portent avec eux. Aucun doute sur ton amour de la série !

    Et un bravo à Mystic Falco pour ces superbes miniatures qui accompagnent le texte ! C’est très bien trouvé, et beau simplement.

    Aimé par 1 personne

    1. Je suis contente que le dossier soit effectivement instructif. Je tenais à rappeler que le but premier de la série n’est pas la vraisemblance, même s’il y a quand même certains efforts de faits. Le problème est que la surenchère rend ces incohérences de plus en plus visibles, et que ça déchaîne de plus en plus les passions. Enfin, plus une série avance et est populaire, plus ça devient facile de taper dessus. Oui, la série est forte car elle s’inspire d’un mouvement, avant d’en créer un elle-même, même s’il est plus pop culturel qu’autre chose. Quant aux personnages, on les aime ou non, mais je tenais à souligner qu’ils ont tous une fonction bien précise. J’ai aussi entendu dire que l’Argentine avait la réputation d’être sexiste, ce qui expliquerait le comportement de Palerme. Il est peut-être plus utile de montrer des hommes sexistes remis à leur place, plutôt que de faire comme s’ils n’existaient pas. En tout cas, merci pour ton retour !

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  2. Super article, c’est complet! Voila un article qui en vaut 5/6 en quantité et qualité!
    La mallette de Marcellus Wallace aha? J’avoue que le nom des villes est plus intéressant que celui des planètes, rien que pour le surnom Stockholm!

    1) Je te rejoins pour Tokyo, ses folies m’exaspèrent mais sans ce personnage explosif, il manquerait clairement un truc! Est-ce que Rio et elle se remettront ensemble? Un vrai mystère!

    2) Bien vu pour Don Quichotte et le Professeur! Marseille est un sacré écuyer! Le plan des moulins, je l’avais pas vu! Tu penses que Bogota l’a tué? Je pense qu’il est prisonnier (mais s’est mangé une bonne raclée, non?)
    Après je ne vois pas d’interet à le garder en effet!
    Belle évolution de Lisbonne, surtout le doute, c’est pas simple de faire face à ses anciens collègues!

    3) Palerme imite Berlin comme un romantique transi! Je ne sais pas si tu connais le jeu Baten Kaitos mais l’Empereur Geldoblame devient la pale imitation d’un homme qu’il aimait dans Baten Kaitos Origin! Y’a vraiment un excellent parallèle vidéoludique!
    Penses-tu que Berlin aurait pu être différent s’il n’était pas « au bord de la mort »?

    4) Bogota est vraiment une bonne découverte pour moi! Je me demande comment il va faire le deuil et comment il va évoluer!

    5) Arturito montre aussi que les otages ne sont pas forcément innocents (ou que les violeurs ne viennent pas forcément des menaces que l’on pense)! Après côté acteur, tu devrais voir celui qui jouait Joffrey dans Game of Thrones, il a subi de très nombreuses menaces! Alors que l’on devrait remercier ces acteurs qui créent tant d’émotions!

    Beau boulot encore une fois!

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    1. Tout d’abord, merci d’avoir pris le temps de lire et de commenter un article aussi long. Je suis assez d’accord avec toi, les noms de villes sont plus aguicheurs. Et je t’avoue que je ne m’intéresse pas trop au couple Tokyo/Rio, ahah. J’aurais l’impression que Rio régresse s’il se remet avec elle. Toutefois, on peut espérer que Tokyo gagne en maturité et qu’ils trouvent un équilibre. Je me suis permis d’éditer la phrase de mon dossier qui parle du sort de Gandia. C’est vrai que c’est assez incertain. Je pensais qu’il était mort car plusieurs personnes ont parlé de l’éliminer, comme le Prof et Bogota. Mais c’est vrai que ce n’est pas « montré ». Je suis heureuse de rencontrer quelqu’un qui comprend à ce point Palerme, et d’ailleurs, merci pour la comparaison. Je pense que Berlin a toujours eu ce caractère qui le mène vers les extrémités de mal ou de bien. Toutefois, être mourant rend ces extrémités encore plus énormes. Serait-il aussi impitoyable sans cela ? Ce serait-il sacrifié s’il était en bonne santé ? C’est difficile à dire. Peut-être ne peut-il pas envisager de rester avec Palerme parce qu’il sait qu’il n’y a aucun avenir, d’ailleurs. Oui, c’est vrai que certains acteurs de GOT ont également été harcelés… Encore merci !!!

      Aimé par 1 personne

  3. Eh bien eh bien… Si nous ne sommes pas là sur un article aussi grandiose, qu’il est complet, je ne sais pas ce que l’on a !
    Tu as su, avec brio, analyser tous ces personnages, tout en incluant tes avis personnels au sujet de ces personnages. Rajoute à ça, que tu nous apprend des tas de choses sur la série… Jamais on ne pourra faire un article aussi complet que le tiens, ça c’est clair.

    Il est très rare que j’ai envie de me refaire une série, rien qu’en lisant un article sur celle-ci, mais là, je dois l’avouer, tu fais fort. Toutes tes analyses sont écrit avec une justesse assez dingue, sans oublier le cheminement logique que tu as donné à la construction de cette article.

    En deux mots ;
    ¡ Felicidades Hermana !

    Aimé par 1 personne

  4. Ça c’est du travail de titan ! Ne me dit pas que tu l’as abattu en seulement une semaine quand même ? Ce serait inhumain !

    Forcément, il y aurait beaucoup de choses sur lesquelles rebondir (preuve aussi que tu as bien fait ton job !) mais je note particulièrement ta comparaison à Don Quichotte. J’avais noté la référence, mais sans chercher à l’analyser, et j’avoue que j’aime beaucoup ce que tu en déduis. Pour être honnête, la croisade révolutionnaire du Professeur et du reste de l’équipe me semble être problématique. On en parle depuis la première saison, mais sans jamais vraiment développer contre et pour quoi ils se battent vraiment. J’ai vraiment le sentiment que c’est utilisé comme un prétexte, autant pour les personnages que pour les spectateurs, histoire de les dépeindre comme des bons gars. Forcément, je ne m’attends pas à ce qu’une telle série soit politique, mais quand on entame un discours, c’est toujours dommage de voir que ça ne va pas plus loin que la surface. Du coup je suis content de voir que les auteurs eux-mêmes aient l’air conscient de cet état de fait, même s’ils ne le disent qu’implicitement !

    Aimé par 1 personne

    1. Et si, je l’ai abattu en très peu de temps ! (Plus si je compte le rewatch de la série, avec prises de notes comprises). Mais c’est vrai que ce furent quelques jours intensifs en terme de planification et de rédaction, ahah. Après, mon analyse de la référence à Don Quichotte reste une interprétation dont on est partisan ou non ! J’ai beau adorer la série, je suis pleinement consciente de ses défauts et l’aspect politique en fait partie. La partie 4 en particulier, veut aborder de nombreuses luttes à la fois, au risque de seulement les effleurer. Il est vrai qu’il est rassurant que les auteurs aient conscience du caractère idéaliste et peu fiable du Professeur, mais l’admettre, sans chercher à rectifier ne serait-ce qu’un peu le problème, peut aussi être problématique ahah. Mais bon, même si je suis la première à dire que LCDP a beaucoup plus de profondeurs qu’on veut l’admettre (comme en témoigne ce dossier), la série reste plus là pour nous divertir que pour être crédible ou politique.

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