Dossier #2 : Bienfaits et Méfaits des Trophées

II. Le revers de la médaille

Bien que la collecte de trophées puisse représenter des avantages non négligeables, pour plusieurs d’entre nous ; elle peut aussi devenir problématique ou causer de véritables traumatismes ! Si certains joueurs saluent l’entraide suscitée par la recherche de trophées, d’autres sont moins amateurs des trophées en ligne, dans la mesure où ils dépendent de la bonne volonté de tierces personnes. De manière générale, les trophées qu’on ne contrôle pas entièrement, (qu’ils soient aléatoires ou bogués) mettent la patience des chasseurs à rude épreuve. Les listes de trophées peuvent placer les joueurs dans une position inconfortable, soit en bousculant leurs habitudes de gameplay, soit en prolongeant artificiellement la durée de vie d’un jeu. Sans surprise, l’amas de collectibles ou les modes de difficulté trop exigeants font polémique.

Trophées multijoueurs, aléatoires et bogués

Contrairement à So-Chan, Mystic Falco semble avoir eu de mauvaises expériences au cours de la chasse aux trophées en ligne : « c’est assez frustrant quand une personne ne fait pas ce qu’il y a à faire… » Dans ce cas de figure, sans doute vaut-il mieux constituer sa propre équipe, si tant est qu’on le puisse ou que le jeu le permette ! Qui plus est, les trophées en ligne peuvent rendre la compétition encore plus rude, comme ce fut le cas pour Rayman Legends (2013), sur PS Vita, d’après Mystic Falco : « Un trophée nécessite d’être dans le 1% des premières places des niveaux en ligne. J’ai du mettre des années avant d’y arriver, tant les joueurs étaient soit beaucoup trop forts et je n’arrivais pas à passer leurs records, soit peu de joueurs, donc qui dit 1% dit forcément peu de place ! » En plus de rendre certains trophées particulièrement chronophages, les parties en ligne courent le risque de les rendre inatteignables, pour peu qu’un jeu ne soit plus aussi fréquenté qu’avant. Mystic Falco, je te propose que l’on lance une pétition pour que les trophées en ligne apparaissent définitivement dans des listes à part ! NicoFantasy a une anecdote plutôt amusante concernant des parties en ligne : « : Un soir, je jouais à Call of Duty : Black Ops 2 (2012) en multi et je tombe sur deux jeunes que j’entends dire « Wow c’est NicoFantasy, le rédacteur du guide sur psthc ! Il doit être méga fort , il va nous détruire » … Sachant que je suis une vraie quiche en multi, j’ai rarement eu autant de pression en ligne ! »

Malheureusement, lesdits trophées en ligne ne sont pas le seul fléau sur lequel les chasseurs n’ont aucun contrôle. Tokhrane nous fait part d’une expérience assez désagréable à cause de récompenses aléatoires : « Je suis un grand fan de la série Tekken. À l’époque où il ne fallait pas encore vendre l’un de ses reins pour acheter séparément tous les personnages du jeu, j’ai tenté d’obtenir le trophée platine de Tekken 6 (2007). […] J’ai arrêté la chasse après avoir obtenu 90% des trophées. Ce qui me chagrine, ce n’est pas tant d’avoir échoué si près du but, mais les causes de cet échec. Je n’ai pas réussi à finir un niveau bonus du mode histoire. La difficulté de ce niveau était telle qu’elle imposait de disposer d’un équipement de classe S pour les deux personnages de la campagne. Or, les équipements étaient distribués à la fin de chaque niveau de manière aléatoire, avec des rangs bas la plupart du temps. En somme, il m’aurait fallu faire et refaire les mêmes niveaux un nombre indéfini de fois pour espérer renforcer mes personnages. Très peu pour moi. » Il est vrai que le farming peut prendre énormément de temps dans les jeux vidéo, mais lorsqu’il dépend ni plus ni moins du hasard, il peut carrément engendrer un sentiment d’injustice.

En tête de classement, il paraît toutefois impossible de ne pas mentionner les fameux bugs qui empêchent l’obtention de trophées. So-Chan se souvient de sauvegardes qui plantaient, à répétition, sur Remothered : Broken Porcelain (2020). « Récemment j’ai rencontré d’autres bugs mais sur Rise of Tomb Raider (2015). Un simple défi qui ne se validait pas alors que l’action était bien exécutée à l’écran. Je préfère plus m’échiner sur un trophée à l’exécution difficile (parce que difficulté supérieure par exemple) que me confronter à des bugs de jeu qui invalident votre action. »

Des habitudes de gameplay peu naturelles

Cela est plus subjectif mais les trophées chronométrés peuvent également donner la vie dure aux chasseurs. Mystic Falco n’est guère friand des défis « contre-la-montre » : « C’est quelque chose qui, dans un jeu à la base, me met en stress complet parce que je me concentre à fond dedans, au point ou je peux perdre pied (dans le sens ou je perds mes moyens presque souvent à la fin d’un stage par exemple) » Il est vrai que cela nécessite de jouer de manière peu naturelle, en connaissant un niveau sur le bout des doigts. Et bien souvent, il n’y a pas droit à l’erreur. Je partage la souffrance de Mystic Falco, car, en tant que grande fan de Crash Team Racing (2019), j’ai tenté de me rapprocher du Platine, au maximum. J’ai passé énormément du temps sur les circuits contre-la-montre afin de vaincre le premier boss N. Tropy. Je me souviens avoir eu les mains et doigts qui tremblaient après certains circuits ! Si je suis fière de cette prouesse, je suis également découragée, car après N. Tropy, viennent les temps encore plus exigeants de Oxide, et même de Velo XXVII. A mes yeux, le remake de CTR a mis la barre trop haute, en terme de difficulté.

Comme dit ci-dessus, certains trophées bousculent les habitudes de gameplay des joueurs, les poussant parfois à agir de manière bien peu naturelle. Cela peut constituer un frein pour bien des gamers. Donnie Jeep n’apprécie guère quand une œuvre l’empêche de jouer comme il l’entend, et il en va de même pour Anthony : « Je déteste […] quand ils incitent à modifier artificiellement le comportement en jeu : Uncharted (2007) était très significatif sur ce point là, avec des trophées qui obligeaient à tuer X ennemis avec plusieurs armes différentes, alors que le jeu lui-même n’incite pas nécessairement à utiliser aussi fréquemment certaines de ces armes. » Ces trophées semblent quelquefois peu imaginatifs, comme s’il était question de rallonger artificiellement la durée de vie du jeu. D’après So-Chan : « On trouve aussi des trophées qui réclament de monter son personnage ou ses capacités au maximum. De base je n’ai rien contre mais dans certains cas cela demande de passer des heures sur le jeu alors qu’on l’a déjà retourné de fond en comble. Je pense notamment à Wolfenstein Youngblood (2019). Rien qu’avec ces trophées on double le nombre d’heures sur le jeu ! Dans la même lignée il y a aussi les trophées qui exigent de cumuler une certaine somme d’argent : une grande tradition dans les jeux Bandai Namco. Globalement j’ai vraiment du mal avec ce concept de trophées qui n’apportent rien qu’une récompense virtuelle mais ne procurent aucun amusement. On ressent plutôt du soulagement après une intense session de farm ! »

Les sacro-saints collectibles

Mais les deux bêtes noires de bien des chasseurs de trophées restent, d’une part, les sacro-saints collectibles, et les niveaux de difficultés imposés. Pour ma part, je dirais avoir une relation de haine et d’amour avec les collectibles. Si certains permettent de mieux explorer (et apprécier) le jeu ou d’enrichir le lore de l’univers, il est bien trop fréquent qu’ils soient sans intérêt voire définitivement trop nombreux ! Cela finit par rendre l’expérience inutilement chronophage et pénible. Et ce n’est pas Anthony qui me contredit : « Pour moi les trophées ont parfois vocation à remplir le vide. Je pense à tous ces jeux qui poussent à collecter d’innombrables trucs sans intérêt, l’exemple le plus parlant à l’époque où je chassais les « succès » sur Xbox c’était les pigeons de GTA IV (2008) ou les drapeaux de Assassin’s Creed (2007). Des centaines de trucs qui n’apportaient rien au lore du jeu et ne procuraient aucun plaisir. » A vrai dire, nous sommes pour la plupart intransigeants sur la question. « La seule chose qui me rebute un peu, c’est la chasse des collectibles quand ils sont trop nombreux, ou quand il faut refaire tout le jeu parce qu’il est impossible de faire un retour chapitre par chapitre, ça me rebute un peu mais bon, qu’est ce qu’on ne ferait pas par amour…? » confie Ju’. So-Chan n’est pas plus enthousiaste à l’idée de collecter des objets, sans but. Elle juge que certains « collectibles ne sont que des objets à trouver mais sans aucun apport pour l’histoire ou même sur l’univers. Je pense notamment aux figurines dans les remasters de Resident Evil (2019). » Enfin, c’est Tokhrane qui synthétise parfaitement le problème des mauvais collectibles : « Il y a aussi des jeux qui font du remplissage, que ce soit en ajoutant des centaines de collectibles à ramasser ou en multipliant les quêtes secondaires sans intérêt. La chasse doit rester divertissante. Si elle devient trop fastidieuse, personnellement, j’arrête tout. Le but de la chasse aux trophées est, pour moi, de m’amuser plus longtemps, de profiter davantage du jeu. Si les objectifs m’ennuient plus qu’autre chose, je ne vois pas l’intérêt. » Certes, nous aimons les trophées, et même les défis. Mais il s’agirait de ne pas trop perdre de vue le but ludique des jeux vidéo !

Forcer à la performance

Cela risque davantage de diviser les joueurs, mais plusieurs d’entre nous sommes peu amateurs des niveaux de difficulté imposés. Même s’il m’arrive occasionnellement de tenter des jeux en « difficile », je suis très peu fan des modes extrêmes et autres joyeusetés. Je reste une joueuse avant tout passionnée par la narration et l’exploration, c’est pourquoi recommencer plusieurs fois le même passage ne m’intéresse guère. Ce qui m’ennuie le plus, c’est que ces nombreux niveaux de difficulté rallongent artificiellement la durée de vie du jeu. D’aucuns répondront qu’il est tout à fait possible de lancer le jeu au niveau optimal, dès le départ, pour s’épargner plusieurs runs. Je reste convaincue qu’il est préférable de débuter un jeu que l’on ne connaît pas en mode standard, ne serait-ce que pour se familiariser avec le gameplay, ou pour vivre l’expérience telle que les développeurs l’ont pensée. (D’ailleurs, je n’ai rien contre le mode facile, dans certains titres !) Tout ça pour dire, que, oui, les trophées basés sur la difficulté peuvent forcer à faire plusieurs runs à la suite. Tokhrane a d’ailleurs un bon exemple : «  Il y a des titres qui t’imposent de faire une partie complète dans chaque niveau de difficulté (comme Ninja Gaiden Sigma 2 (2009), qui te demande de finir le jeu non pas une fois, ni deux, mais huit fois !) » Hauntya ne recherche pas non plus la performance et son ton est sans appel : « Ces fameux trophées qui nécessitent de faire le jeu en mode extrême, de faire un nombre incalculable de pas, de tuer tant d’ennemis de certaines manières… parfois, ça tombe au cours du jeu, mais sinon, il faut vraiment forcer pour arriver à décrocher le trophée ! Et si c’est un RPG dont on prend les commandes pour la première fois (j’ai essayé avec Greedfall (2019) avant de passer en mode difficile), c’est très délicat de s’approprier les contrôles et tactiques tout en ayant le mode le plus dur. Les morts à répétition frustrent et gâchent le plaisir de jeu. »

L’erreur est humaine

Enfin, pour ne pas trop jeter la pierre aux développeurs, il arrive que nous connaissions d’amers échecs à cause de maladresses très personnelles. Je n’aime pas trop consulter les guides avant de jouer aux jeux et cela se retourne souvent contre moi, comme dans Detroit : Become Human (2018) ou A Plague Tale : Innocence (2019). Dans ces deux jeux, il ne me manque qu’un trophée pour obtenir le Platine. Un jour, cela me donnera peut-être l’occasion de les relancer ! Les maladresses peuvent être terriblement frustrantes, mais certains trophées, manqués de manière idiote, laissent des anecdotes amusantes. C’est du moins ce que laisse penser Hauntya : « Il y a un niveau dans Arise (2019), petit jeu indépendant, où on doit traverser tout un passage sans se faire toucher par des ombres. J’ai beau avoir fait ce passage une dizaine de fois en étant sûre de ne pas me faire toucher, jamais le trophée n’est tombé ! Ça a été un déclic pour arrêter de m’obstiner pour des trophées, parfois. Sinon, je garde en mémoire le trophée de Resident Evil 7 (2017) qui tombe quand on referme une porte derrière soi (intitulé « La porte ! ») : je n’en reviens pas d’avoir fait tout le jeu sans jamais fermer un seul battant ! » Ju’ a dû un peu moins relativiser lorsqu’il a commis une maladresse sur Dark Souls III (2016) : «  « Ma pire anecdote c’est lorsqu’après avoir obtenu 70% des trophées de Dark Souls III et être venu à bout de tous les boss, j’ai supprimé ma partie alors que je voulais la copier pour me faire les fins alternatives et me rapprocher définitivement du Platine. Quel con ahhaha. » Dans tous les cas, et ce malgré toutes les frustrations entraînées, il est capital que les gamers gardent la tête froide. Ce n’est malheureusement pas le cas, d’après NicoFantasy, qui déplore : « les prises de têtes inutiles avec des joueurs alors qu’au final c’est juste des trophées virtuels. Souvent je me dis que je ferai mieux de consacrer mon temps à des choses moins futiles… »

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10 réflexions au sujet de « Dossier #2 : Bienfaits et Méfaits des Trophées »

  1. Personnellement, les trophées, je les vois comme étant un challenge de plus à réaliser dans un jeu. Même si parfois, il m’arrive de m’aider sur le site officiel PSHTC, quand j’en débloque un par surprise, j’ai un sentiment de satisfaction. Le tout premier trophée de gagné est celui de Game Of Thrones de chez Telletale mais c’est un platine qu’on débloque tous quand on joue à ce jeu donc, je ne sais pas s’il compte réellement. Par contre, platiner Spyro (et encore je n’ai pas fini le 3), ça été satisfaisant !

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    1. J’ai moi aussi commencé par les Telltale, qui se font seuls. Mais c’est bien, ça donne progressivement le goût de la collection.. Bravo pour les Spyro ! Je les ai aussi complétés il n’y a pas longtemps. Et merci pour ton commentaire !

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  2. Merci encore pour ton invitation à donner mon avis sur les trophées ! Comme toujours, tu as fait un formidable travail d’analyse et de synthèse avec ce dossier, qui est passionnant à parcourir. Ça aide à comprendre bien mieux les motivations de certains pour les trophées, tout comme de voir que certains n’en sont tout simplement pas passionnés. Indéniablement, le trophée a un petit aspect social plus fort que je ne l’imaginais et qui est riche d’anecdotes. C’est fascinant de voir les réactions et ressentis de chacun sur ces trophées, leur diversité – et en même temps, ils aident aussi à nous lier en tant que joueurs !

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  3. Excellent article, le fait d’avoir plusieurs points de vue permet de voir que le sujet (dé)plait. J’ai commencé par les succès sur Xbox 360 avant de bifurquer sur les trophées après avoir eu la PS3. Du moment que leur obtention ne ruine pas l’expérience de jeu, c’est le principal. Je me souviens avoir dû faire FF X/X-2 avec une soluce à mes côtés car certains trophées ne pouvaient s’obtenir qu’à un moment précis de l’aventure (les pires). Je ne joue plus aussi bien aux consoles de Microsoft et Sony, la Switch m’occupant pas mal. Nintendo n’a pas succombé à la chose de manière générale. Super Smash Bros. proposait en quelque sorte cela avec des trophées à l’effigie des personnages de l’univers Nintendo à débloquer . Il est amusant cependant de voir qu’Ori et Cuphead sur Switch, sortis d’abord sur Xbox One, ont un menu lié aux succès.

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    1. Merci d’avoir pris le temps de lire et commenter ! Ah, les trophées manquables qui imposent de jouer avec la soluce à côté sont quand même un peu enquiquinants. C’est vrai que certains jeux Switch ont un système de défis « interne » !

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  4. Félicitations pour ce dossier (oui je suis très lente pour me mettre à jour). C’est toujours intéressant d »avoir différents avis sur une même thématique ainsi que les diverses expériences éprouvées selon les jeux et les habitudes de chacun.e. Qu’on les chasse ou qu’on les fuit, les trophées ne laissent personne indifférents. ça fait même bizarre de se dire qu’ils existent depuis aussi longtemps et qu’ils se soient aussi bien ancrés dans les habitudes des joueurs.

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