Dossier #2 : Bienfaits et Méfaits des Trophées

III. L’impact sur le comportement des joueurs et sur le développement

Si les trophées laissent parfois des souvenirs sympathiques aux joueurs, ils peuvent aussi entraîner de véritables frustrations. Cela dépend des jeux, des listes de trophées, et bien sûr des motivations et limites de chaque gamer. Pour terminer cette réflexion, il serait intéressant de constater quels sont les avantages ou les contraintes que cela peut engendrer sur le comportement des joueurs. Les trophées, somme toute facultatifs, peuvent-il avoir un réel impact sur les gamers ou sur les jeux eux-mêmes ?

De nouvelles contraintes pour les joueurs

Il paraît évident que la présence de trophées change drastiquement le comportement de certains joueurs, au moment de l’achat, voire du lancement d’un jeu. C’est notamment le cas de Ju’ ou de Tokhrane : « En parlant d’achat, je consulte aussi la liste des trophées avant d’acheter un nouveau jeu. Ce n’est jamais rédhibitoire. The Last Of Us Part II (2020) aurait pu avoir la pire liste de trophées de tous les temps, je l’aurais quand même acheté le jour de sa sortie. Mais c’est un élément que je regarde. » Donnie Jeep est un peu gêné par l’idée de juger un jeu à ses trophées, ou à son mode multi ; mais force est de constater que c’est une réalité. Il m’arrive moi-même d’être découragée d’avance, par certains jeux, et de ne pas vouloir me lancer tout de suite dans l’aventure, à cause de la liste de trophées. (Je ne me suis pour autant jamais privée d’un jeu, juste pour cela). A l’inverse, il m’est arrivé de découvrir des titres par l’intermédiaire de leurs listes. Si cela a engendré quelques mauvaises expériences (coucou Fe (2018)), ça m’a tout de même permis d’élargir mes connaissances et de faire la découverte de véritables pépites, surtout au niveau de la scène indépendante. Une chose est sûre, je passe définitivement plus de temps sur chaque jeu, qu’avant. Et même si cela a des avantages, on peut le percevoir comme une contrainte. Lesdites contraintes ne me dérangent pas, car j’éprouve toujours du plaisir et un sentiment d’accomplissement, (sans compter que j’en ai le temps !), mais c’est évidemment ce qui incite plusieurs joueurs à éviter les chasses. Anthony a préféré renoncer à cette pratique : « Pendant une courte période j’essayais de pousser les jeux à fond pour tout découvrir, mais ça donnait l’impression d’aller au boulot avec une liste de tâches à accomplir. Au final ça a eu l’effet inverse : j’ai fini par ne plus avoir aucun intérêt pour ce genre de chose, en cherchant juste à jouer et à m’amuser sur les jeux à ma manière. Par exemple avant j’aurais eu tendance à jouer mes jeux en normal ou difficile, quitte à galérer parfois, pour avoir un ou deux trophées en plus, mais aujourd’hui je préfère m’amuser en facile si le challenge est artificiel. » Il ne faut pas se leurrer, la chasse aux trophées est un défi qui amène des contraintes. Il est tout à fait compréhensible que certains joueurs préfèrent s’en tenir éloignés. Mais il arrive que l’on s’accroche pour la juste cause, comme c’est le cas de So-Chan : « Après oui, sans les trophées, je passerais peut-être moins de temps sur d’autres jeux que j’ai moins appréciés comme Rise of the Tomb Raider (2015). Sans trophée, peu sûr que j’aurais persisté à nettoyer le jeu à 100% à cause des bugs. Après j’ai la déformation professionnelle de la rédactrice de guides. Je me dis que les quelques infos que j’ai pour obtenir tel ou tel trophée peuvent intéresser des joueurs. Si je fais un jeu qui n’a pas de guide, je note les informations à côté et je vise le platine pour partager mon expérience et aider des joueurs. »

Des joueurs plus attentifs ?

Ceci étant dit, changer le comportement du joueur, à l’achat, ou durant le gameplay, n’est pas fondamentalement mauvais. Je suis peut-être l’exception confirmant la règle, mais je suis contente de découvrir de nouveaux objets, de nouvelles armes ou de nouvelles compétences, grâce aux trophées. Plutôt que d’employer toujours les mêmes stratégies, cela m’amène à sortir de ma zone de confort et à avoir un aperçu de tout ce que le jeu peut proposer. Nous revenons finalement toujours au même désir impérieux : celui de découvrir tous les mystères d’un titre. C’est d’ailleurs pour cela qu’Hauntya ne veut pas totalement renoncer à la chasse : « ça m’encourage tout de même à découvrir les secrets et itinéraires alternatifs de jeux que j’adore. » D’autres chasseurs, comme Mystic Falco, sont d’éternels convaincus : « Indéniablement la chasse aux trophées a considérablement changé ma façon de jouer, en me poussant à aller encore plus loin dans les jeux, à chercher n’importe quel petit easter egg, ou secret … Quitte à faire des choses complètement improbables pour arriver à mes fins. » Et il en va de même pour Ju’ : « Dans ma façon de jouer en elle même, lorsque je joue je suis plus à regarder chaque recoin, chaque petite zone isolée pour voir si un platine ne se cacherait pas quelque part ou autre ! » Les trophées incitent les joueurs à se montrer plus attentifs, ce qui peut être flatteur pour les équipes de développement ayant passé des heures sur la moindre map d’un jeu.

Un sentiment de gratification

Personnellement, je ne regrette pas de chasser les trophées, à mon modeste niveau. Contrairement à certains avis préconçus, j’ai l’impression que cela me permet de mieux savourer les jeux. Je dirais même que je me sens plus légitime pour entreprendre l’analyse du jeu en question, après en avoir découvert tous les mystères. Sans compter que cela m’a vraiment permis de dépasser mes limites, en tant que joueuse, et de ne plus reculer devant certains titres, comme The Last of Us (2013). Les joueurs qui continuent à chasser les trophées ressentent des sentiments de satisfaction et d’accomplissement, qui ajoutent de la plus-value au divertissement. C’est ce que confirme Ju’, en évoquant : « une satisfaction d’avoir relevé le défi des développeurs et de se dire que notre palmarès augmente avec notre ancienneté dans l’univers du jeu vidéo. Se dire que les développeurs vous ont provoqué et qu’ils ne vous ont pas fait flancher. Donc au final… Ça apporte une satisfaction si grande qu’elle n’est pas négligeable. » So-Chan partage aussi cet avis sur les trophées : « Pour moi, dans l’idéal, ça permet de récompenser l’investissement d’un joueur mais sans aller dans les extrêmes que doubler l’heure de jeu simplement pour monter des stats/cumuler de l’argent. Je pense que pour nombre de joueurs il y a la satisfaction d’atteindre un objectif. Pour moi ça revient souvent à avoir écumé un jeu à fond. » Ce qui est remarquable, c’est que les trophées peuvent apporter quelque chose, même à ceux qui ne les traquent pas particulièrement. « Encore une fois, chez moi ce sera le plaisir d’en découvrir par hasard, explique Donnie Jeep. Ensuite si on regarde avant de jouer ou refaire une partie, je suppose que certains peuvent permettre de découvrir des choses qu’on pourrait manquer (je pense notamment en terme d’histoire pour les jeux à choix). »

Quelques avantages pour les jeux

On parle beaucoup des joueurs, mais les trophées peuvent aussi avoir un impact important sur les jeux. Ne nous leurrons pas trop, certains développeurs se moquent des trophées ou en font un argument marketing, en les rendant beaucoup trop simples. Cependant, les listes bien faites proposent de découvrir tous les secrets du jeu ou de proposer une jolie re-jouabilité. Comme le dit si bien Donnie Jeep, « c’est aussi parfois également une manière pour les développeurs de s’amuser et dialoguer d’une autre façon avec les gamers. » A une époque où une multitude de jeux sortent par semaine, et où nous n’avons que l’embarras du choix, il semble important que les développeurs aient toujours un moyen, aussi infirme soit-il, de nous pousser à la contemplation. C’est aussi l’avis d’Hauntya : « cela permet aux développeurs d’encourager les joueurs à tout fouiller, tout explorer, à faire preuve de curiosité, à flâner, à ne pas faire le jeu en ligne droite sans rien savourer. » Naturellement, Mystic Falco n’est pas en reste : « À titre personnel, la chasse aux trophées m’apporte beaucoup de satisfaction, une sensation de complétion qui dans ma tête libère une dose d’accomplissement total, et qui me permet de me dire « Ok, là j’ai fait le jeu entièrement et j’ai été jusqu’au bout où les développeurs ont voulu montrer de quoi ils étaient capables et surtout ce qu’ils voulaient montrer de leur jeu. » » Si Anthony est un peu moins convaincu par l’utilité des trophées, il semble optimiste pour l’avenir : « Certain(e)s y prennent du plaisir et trouvent là un sentiment de complétion intéressant. Mais cela reste à mon sens trop artificiel et souvent ajouté à la va-vite, en fin de développement, sans grand intérêt pour le jeu lui-même. Certains jeux parviennent à les utiliser intelligemment, mais ce n’est pas le cas de tous. Néanmoins je pense qu’avec l’arrivée de la PS5 les choses vont aller en s’améliorant, parce que ses fonctionnalités sociales et son accès direct à certains challenges et zones de jeu qui permettent d’obtenir un trophée rapidement, en appuyant sur la touche PS de la manette, font des trophées autre chose qu’un bonus sympathique. Astro’s Playroom (2020) utilisait cette fonctionnalité de manière intelligente : il suffisait d’appuyer sur le bouton PS, sélectionner le prochain trophée et le jeu nous téléportait immédiatement dans la zone du jeu où on devait trouver le collectible caché. C’est ludique et ça apporte un vrai plus pour redécouvrir le jeu sous un autre angle quand on l’a déjà terminé. » Et si le mécanisme des trophées ne demandait qu’à être perfectionné ?

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10 réflexions au sujet de « Dossier #2 : Bienfaits et Méfaits des Trophées »

  1. Personnellement, les trophées, je les vois comme étant un challenge de plus à réaliser dans un jeu. Même si parfois, il m’arrive de m’aider sur le site officiel PSHTC, quand j’en débloque un par surprise, j’ai un sentiment de satisfaction. Le tout premier trophée de gagné est celui de Game Of Thrones de chez Telletale mais c’est un platine qu’on débloque tous quand on joue à ce jeu donc, je ne sais pas s’il compte réellement. Par contre, platiner Spyro (et encore je n’ai pas fini le 3), ça été satisfaisant !

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    1. J’ai moi aussi commencé par les Telltale, qui se font seuls. Mais c’est bien, ça donne progressivement le goût de la collection.. Bravo pour les Spyro ! Je les ai aussi complétés il n’y a pas longtemps. Et merci pour ton commentaire !

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  2. Merci encore pour ton invitation à donner mon avis sur les trophées ! Comme toujours, tu as fait un formidable travail d’analyse et de synthèse avec ce dossier, qui est passionnant à parcourir. Ça aide à comprendre bien mieux les motivations de certains pour les trophées, tout comme de voir que certains n’en sont tout simplement pas passionnés. Indéniablement, le trophée a un petit aspect social plus fort que je ne l’imaginais et qui est riche d’anecdotes. C’est fascinant de voir les réactions et ressentis de chacun sur ces trophées, leur diversité – et en même temps, ils aident aussi à nous lier en tant que joueurs !

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  3. Excellent article, le fait d’avoir plusieurs points de vue permet de voir que le sujet (dé)plait. J’ai commencé par les succès sur Xbox 360 avant de bifurquer sur les trophées après avoir eu la PS3. Du moment que leur obtention ne ruine pas l’expérience de jeu, c’est le principal. Je me souviens avoir dû faire FF X/X-2 avec une soluce à mes côtés car certains trophées ne pouvaient s’obtenir qu’à un moment précis de l’aventure (les pires). Je ne joue plus aussi bien aux consoles de Microsoft et Sony, la Switch m’occupant pas mal. Nintendo n’a pas succombé à la chose de manière générale. Super Smash Bros. proposait en quelque sorte cela avec des trophées à l’effigie des personnages de l’univers Nintendo à débloquer . Il est amusant cependant de voir qu’Ori et Cuphead sur Switch, sortis d’abord sur Xbox One, ont un menu lié aux succès.

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    1. Merci d’avoir pris le temps de lire et commenter ! Ah, les trophées manquables qui imposent de jouer avec la soluce à côté sont quand même un peu enquiquinants. C’est vrai que certains jeux Switch ont un système de défis « interne » !

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  4. Félicitations pour ce dossier (oui je suis très lente pour me mettre à jour). C’est toujours intéressant d »avoir différents avis sur une même thématique ainsi que les diverses expériences éprouvées selon les jeux et les habitudes de chacun.e. Qu’on les chasse ou qu’on les fuit, les trophées ne laissent personne indifférents. ça fait même bizarre de se dire qu’ils existent depuis aussi longtemps et qu’ils se soient aussi bien ancrés dans les habitudes des joueurs.

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