Resident Evil | L’enfer est pavé de bonnes intentions

A la fin des années 90, je découvris – comme beaucoup d’autres – une saga vidéoludique qui allait profondément marquer ma vie de joueuse. Resident Evil est un survival horror dont les premiers opus demeurent terrifiants, encore aujourd’hui. Probablement pas aussi terrifiants que les différentes adaptations qu’on a pu en faire jusqu’à présent, je te l’accorde. Si tu as atterri ici, c’est que tu te demandes si le mauvais sort a été rompu. Cette question n’attise pas ta curiosité au point de te déplacer toi-même au cinéma, mais qu’importe ! J’ai vu Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City, pour toi. Ce long-métrage est sorti le 24 novembre dernier. Guère promu, ses premières images – en particulier les costumes des personnages – n’étaient pas forcément convaincantes. Pourtant, cette nouvelle adaptation a été réalisée par un fan de la saga : Johannes Roberts. Dès 2019, le réalisateur britannique promettait un film plus fidèle aux jeux dont il était inspiré. Il promettait également une expérience viscérale, terrifiante mais aussi humaine, prenant place dans une ville américaine mourante.

Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City est-il à la hauteur de ces ambitions ou n’est-il finalement qu’une parfaite illustration de l’adage : l’enfer est pavé de bonnes intentions… ?

Raccoon City : à mi-chemin entre Silent Hill et Derry

J’ai tout d’abord passé un bon moment devant Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City, lequel porte décidément bien son nom. Le film peut être présenté comme une origin story, entrelaçant les histoires des deux premiers jeux de la saga. De fait, nous sommes amenés à passer une nuit blanche aux côtés de Jill et Chris, mais aussi de Claire et Leon.

Force est de constater que le cadre spatio-temporel du long-métrage est bien maîtrisé. La narration est rythmée par les heures qui passent, au point de créer un effet de compte à rebours. Dans Resident Evil, l’objectif principal est après tout de rester en vie jusqu’à l’aube. L’ambiance de Raccoon City est, quant à elle, très immersive, grâce à la reconstitution de décors emblématiques des jeux, mais aussi d’une musique tout à fait appropriée. Si tu aimes la saga, tu seras probablement ravi(e) d’apprendre que certains lieux phares sont mis à l’honneur, comme le Manoir Spencer, le Commissariat mais aussi l’Orphelinat de Raccoon City. La ville elle-même a sa personnalité propre. Raccoon City est considérée comme une cité fantôme, peu à peu désertée par tous ses habitants. Or, ceux qui restent tombent de plus en plus malades. A mi-chemin entre Silent Hill et Derry (ville fictive inventée par Stephen King), Raccoon City devient une cité lugubre, rongée par un mal ancestral, et dont on rêve de s’échapper, avant même que la situation ne devienne incontrôlable. Le point fort de cette adaptation est probablement de donner de la consistance à la ville comme à ses habitants. Ils instaurent un malaise, avant même d’être totalement corrompus par les fautes d’Umbrella.

Une origin story inégale

Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City est une adaptation libre, dans laquelle les deux premiers jeux s’entrelacent et où les personnages ne sont pas toujours tels qu’on l’imaginerait. Claire et Chris Redfield ont grandi dans l’orphelinat de Raccoon City, sous la tutelle d’un certain William Birkin. L’adaptation est libre, mais fidèle. Cela n’a rien d’antithétique.

On peut aisément qualifier le film de fan service ambulant mais la plupart des références sont bien menées ou très efficaces. Certaines sont évidentes, comme la mise en scène de l’apparition du premier zombie du Manoir Spencer, ou le gros plan sur la serrure d’une porte ; d’autres sont plus subtiles et s’adressent aux joueurs et joueuses les plus fidèles. Personnellement, j’ai été très agréablement surprise par les places accordées à Lisa Trevor (un personnage propre à Resident Evil Remake) et à Brian Irons (le chef du commissariat). C’était d’ailleurs un plaisir de retrouver Donal Logue (Vikings, Gotham), dans ce rôle.

Malheureusement, les quelques atouts de Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City constituent aussi l’origine de ses défauts. Il était impossible de condenser, en un seul film, l’intrigue et l’ensemble des personnages de deux jeux. Il était impossible de proposer autant d’exposition, en seulement 1h47, et de tenir la route jusqu’au dénouement. D’ailleurs, certains défauts émergent dès le début, et ne font que s’aggraver au fur et à mesure que le récit progresse.

Une caractérisation discutable des personnages

Si le long-métrage semble souffrir d’un manque de budget, surtout au niveau des effets spéciaux ; son problème majeur réside dans l’écriture du scénario, trop précipité vers la fin, et surtout celle des personnages. La plupart des personnages de la franchise sont présents, mais si différents, physiquement ou moralement, qu’il serait difficile de les identifier si leurs noms n’avaient pas été prononcés plusieurs fois. Ainsi, Jill devient un personnage secondaire dont la seule caractéristique est qu’elle est une folle de la gâchette. Serait-ce parce qu’elle trouve un pistolet avant Chris, dans le jeu original ? Non, c’est tiré par les cheveux. Il est vrai que les jeux n’ont pas la réputation de dépeindre un portrait moral bien précis de leurs protagonistes, mais je n’imaginais pas fondamentalement Chris comme un soldat borné, aveuglé par la conspiration d’Umbrella, au point de tourner le dos à sa sœur. (Encore que, cela peut être expliqué par le scénario). Il n’y a malheureusement que peu d’alchimie avec Claire, qui a pourtant toujours eu pour vocation de sauver son frère. Simple civile, parmi une équipe de flics et de soldats formés, Claire est paradoxalement la survivante la plus badasse. En parallèle, Leon est réduit au triste rang de comique de service. Le jeune flic est dépeint, pendant la majorité du film, comme un idiot doublé d’un incompétent, au point de ne pas se réveiller, quand un camion prend feu devant la porte du commissariat et qu’un zombie s’en échappe, initiant une marche embrasée vers lui.

Hélas, les personnages sont si nombreux qu’ils apparaissent peu à l’écran. De fait, chacun ne possède qu’une seule caractéristique et aucun ne parvient à tirer son épingle du jeu. Certains choix sont discutables, comme le fait d’introduire Sherry, qui ne devient qu’une simple figurante. D’autres le sont moins, comme celui d’humaniser Wesker, et de ne pas faire de sa trahison un point culminant de l’intrigue. Après tout, nous sommes déjà au courant ! William Birkin est lui aussi intéressant du moins… Jusqu’à sa transformation en Tyran.

Je pense que c’est à ce stade que le long-métrage a cessé de faire tout effort, pour devenir pleinement le nanar que nous attendions.

Sus au virus N(anar)

Malheureusement, Johannes Roberts n’aura pas tenu toutes ses promesses. Le film est fidèle aux jeux. Certes. Les références sont délicieuses, du moins quand elles sont maîtrisées. Mais Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City n’a rien d’effrayant. Certaines scènes instaurent une ambiance intéressante, surtout au début, néanmoins le long-métrage devient grotesque, au moment même où est il censé impressionner. L’apparition du Tyran est un réel échec.

Au final, puis-je conseiller Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City ? Le film est si peu exempt de défauts que je ne peux décemment t’encourager à aller le voir au cinéma. Toutefois, il pourrait, à l’avenir, assurer une soirée télé divertissante. Si tu es fan de la franchise, tu prendras un savant plaisir à reconnaître les différentes références, glissées ici et là. Et, à défaut d’avoir peur, sans doute en riras-tu. De toute évidence, ce reboot était animé par de meilleures intentions que les films de Paul W. S. Anderson. Hélas, il n’offre pas un souvenir beaucoup plus impérissable… Comme je le disais tantôt, l’enfer est pavé de bonnes intentions… Reste à savoir si le prochain projet Resident Evil, imaginé par Netflix, fera office d’antidote.

(Ceci dit, quand on sait qu’on partait de cela, on pourrait être plus indulgents !)

13 réflexions au sujet de « Resident Evil | L’enfer est pavé de bonnes intentions »

  1. En effet je pense qu’il y a un immense côté « nanar » dans ce film ! C’est pour ça que pour le moment je n’ose pas le voir. Rien que la bande annonce en dit long, je trouve, bien qu’elle réussisse à être haletante et assez spectaculaire. Bravo pour cette critique bien construite en tout cas, j’attends avec impatience la suite de ton contenu 😉

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    1. Hey, merci pour ton commentaire comme pour le compliment ! Ce Resident Evil est indubitablement un nanar, mais il fait partie des nanars qu’on aime bien voir pour rigoler devant, malgré tout !

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  2. Une fois n’est pas coutume, tu parles à merveille du film ! Et à quel point les bonnes intentions ont basculé en nanar -ton titre est parfait ! Il n’empêche qu’avec tous ses défauts, le film a bien plus de qualités que la première saga Resident Evil, en tout cas de bonnes intentions et de bonnes références. Il est dommage que cela n’ait pas tenu jusqu’à la fin…ils auraient dû se contenter d’un seul jeu à adapter. D’autant que le Manoir Spencer regorge de possibilités visuelles à lui seul, il l’aurait mérité ! Mais c’était très sympa de voir malgré tout d’autres lieux emblématiques ainsi prendre vie, dans un nouveau scénario. Du coup,j’ai hâte de voir la comparaison que tu feras avec la production Netflix à venir.

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  3. Merci pour cet article ! ça me conforte dans l’idée qu’il vaut mieux que j’économise un ticket de cinéma. Je ne m’attendais pas à grand-chose (sûrement déjà pas mal refroidi par les adaptations de Wes Anderson). Je comprends pas d’ailleurs comment chaque adaptation de Resident Evil peut tomber à côté alors qu’il y a tout pour faire un film de zombies, certes classique, mais efficace. De ce que je comprends de ta critique, ils ont voulu cumuler trop de jeux en un film sans compter des personnages aux caractérisations éloignées du personnage d’origine, et virant dans la caricature. Il y avait déjà énormément à faire avec le manoir Spencer en lui-même, ou se cantonner au second épisode avec quelques rapides flashs sur les évènements précédents.

    En fait j’aurais même préféré un nanar mais qui s’assume, un peu comme le fameux premier opening de Biohazard (celui que tu cites à la fin de l’article). Le film se serait vendu comme un nanar en assumant sa formule, avec même un côté parodie de la série, ça m’aurait moins dérangé. Parce que le réalisateur aurait assumé un parti pris qui peut déplaire, mais moins de risque de déception à la fin.

    Je pense même pas voir le film, même par simple curiosité. J’aime beaucoup la licence (surtout le second volet et Code Veronica) et je sais que je vais être (trop ?) critique. Parce que on peut m’envoyer des références aux jeux comme des lieux emblématiques, si l’intrigue du film ne tient pas, ça m’aidera pas à apprécier le film. D’ailleurs je ne comprends pas pourquoi William Birkin devient le père adoptif de Claire et Chris (alors qu’il sait même pas s’occuper de Shirley, la pauvre).

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    1. Ah c’est sûr qu’il fallait bien être motivé(e), pour aller le voir au cinoche ! L’industrie du cinéma semble convaincue que les adaptations de jeux vidéo doivent être drastiquement différentes des histoires originales, et ça n’a pas porté ses fruits jusqu’à présent. Je pensais que ce RE donnerait aux joueurs ce qu’ils veulent, mais toujours part… Mais peut-être la série The Last of Us finira-t-elle par y arriver… ! Ahah, c’est pas faux pour William, mais on comprend que l’orphelinat s’occupe d’enfants, non sans intérêt. En tout cas, le film peut amuser malgré lui, donc j’aurais tendance à te le conseiller au moins une fois. Sauf si tu penses effectivement qu’il va juste t’énerver xD En tout cas, merci pour ta visite !

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  4. Je pense que je le verrais un jour pour pleurer de rire, mais ton article m’a confirmé que je ne payerais pas un billet de cinéma pour aller le voir préférant me réserver pour White snake ou les animaux fantastique 3.

    Après bien qu’elle ne soit pas totalement fidèle je reste à penser que l’adaptation film du premier Silent Hill m’a beaucoup plus. Mais c’est vrais que sinon globalement ils veulent faire une autre façon que le jeu. Reprendre dans l’univers avec d’autres personnages me dérangerait pas. Mais quitte à reprendre les personnages c’est pas si dur d’être fidèle au matériau de base quoi :/

    Pour TLOU la série je suis très sceptique à titre personnel. Je ne suis vraiment pas convaincu de ce que j’ai vu pour le moment malheureusement.

    Après je vois ce qu’ils ont voulu faire faire, mais l’orphelinat est surtout dans le remake et non le jeu de base ce qui me fait vraiment avoir du mal avec tout ce trait là je dois dire.

    De rien pour la visite je passe plusieurs fois mais je commente pas si souvent. ><

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    1. Oh certaines adaptations ne sont pas fidèles mais ont le mérite de respecter l’atmosphère ou les personnages. Je pense aussi à Detective Pikachu ? Pour TLOU, je pense qu’on peut attendre au moins un premier trailer pour être fixés. Ah oui, ce RE est clairement un pot pourri de tous les premiers jeux et remakes ^^ » Encore merci à toi !

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      1. Je te cache pas que je préfère quand c’est fidèle au support d’origine ou alors faire dans l’univers mais avec de nouveaux personnages. Ce qui aurait pu être le cas avec Death Note vu que le réalisateur voulait, à tout prix, placer l’action aux USA.

        Détective Pikachu pour moi c’est justement dans l’univers mais avec d’autre personnages (pas de Red, ni de Dr Chen) et j’ai vraiment aimé le film !

        Pour Tlou on devrait bientôt être fixé ^^

        Quant à RE je comprends pas pourquoi ne pas faire sur la base d’origine après c’est aussi car je préfère la base d’origine. x)

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  5. Eh bien, je pense que nous sommes finalement plutôt d’accord sur ce film. Comme je le disais sur mon blog, je n’ai pas passé un mauvais moment non plus en le regardant, et j’ai plutôt apprécié tous les clins d’œil faits aux fans. À mes yeux, ils constituent la preuve qu’il y a eu un réel effort de la part de Johannes Roberts de coller davantage au jeu que les films de Paul W. S. Anderson, qui étaient une adaptation plus que libre de la franchise. Toutefois, le revers de la médaille c’est que j’ai du coup tendance à être plus regardant vis-à-vis de la fidélité de l’ensemble.
    Et dans le lot, j’ai eu bien du mal à accepter le traitement des personnages de Leon et Wesker. Pour ce dernier, l’essence même du personnage a été complètement piétinée à partir du moment où il tente de nous faire une rédemption qui, adaptation ou pas, ne colle absolument pas à la personnalité de Wesker. Quant à Leon, le portrait affligeant que Johannes nous dépeint de lui ne me laisse d’autre solution que d’en conclure qu’il déteste profondément ce personnage. Je veux dire, certes, c’est son premier jour… mais il sort tout de même de l’école de police. Pourquoi en faire un abruti fini de cette manière ? C’est à peine s’il sait se servir d’un flingue… Je me doute que l’objectif était d’ajouter un effet comique au film, mais pour le coup, ça n’a pas du tout fonctionné avec moi.

    Pour le reste, j’ai trouvé la réalisation assez propre. Mais comme tu l’as dit, malgré tout cela, le fait est que ce film ne laisse définitivement pas un souvenir impérissable. Et c’est d’ailleurs pour ça qu’à mes yeux, la saga d’Anderson reste supérieure. J’ai conscience que le côté nanar y est beaucoup plus appuyé – parfois involontairement en plus – et que le tout respecte infiniment moins l’esprit des jeux, mais c’est aussi ce qui m’aide à l’apprécier davantage. À partir du moment où on nous a fait comprendre que ce serait une adaptation très libre, j’ai accepté d’y retrouver des choses que je n’aurais pourtant pas acceptées autrement.
    C’est d’ailleurs pour cette même raison que j’exècre les films d’animation, que nombre de fans ont pourtant tendance à apprécier. À partir du moment où ils sont canons vis-à-vis des jeux, j’ai forcément certaines attentes. Et malheureusement, ces attentes sont sans cesse malmenées par Capcom, qui nous pond des films affreux avec des choix ultra douteux, si ce n’est incohérents avec ce qu’on voit dans les jeux.

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    1. On est d’accord, Leon n’est pas drôle mais juste affligeant. Comme toi, je n’ai pas passé un mauvais moment au cinéma mais je me demande comment un réal qui se dit fan des jeux peut être à ce point à côté de la plaque niveau personnages et même casting… Mais j’avoue que le Tyran qui se met à parler et rire comme un méchant de série Z a fini de me perdre… Quant à la première saga Resident Evil, je t’avoue que j’aimais bien le premier film quand j’étais plus jeune. Un peu moins aujourd’hui mais la nostalgie le sert. Par contre, je n’arrive pas à regarder les suites, même après quelques essais ahah. Je crois que j’ai vu le dernier truc d’animation, sur Netflix là… Je crois que je n’en ai quasiment plus aucun souvenir xD

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      1. Étonnamment, j’ai plutôt apprécié la séquence avec le Tyran. Ça ne vaut pas le véritable Birkin qu’on voit dans le jeu, mais ça fait quand même le café je trouve.

        Pour le film d’animation, tu illustres parfaitement ce que je disais. À vrai dire, de mon côté, c’est même plutôt l’inverse dans leur cas : je me souviens surtout des choses négatives tant elles sont affligeantes haha.
        Pour le coup, s’il y a bien une chose qu’ils partagent avec le dernier film live action, c’est le non-respect total du personnage de Leon qui est constamment dépeint comme un alcoolique dépressif. Ce qui n’est pas du tout cohérent avec ce qu’on voit dans les jeux (alors que ces films sont censés être canon, je le rappelle).

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