Les fratries dans les jeux vidéo

Il n’y a rien de plus relaxant qu’un jeu indépendant bien construit. C’est le cas de Max : The Curse of Brotherhood, initialement sorti en 2013. Si j’ai l’intention de mettre ce jeu de plates-formes et de réflexion à l’honneur, j’ai aussi envie d’observer la manière dont sont utilisées les relations entre frères et sœurs, dans les jeux vidéo. Comme toujours, la liste ne sera pas exhaustive mais du moins permettra-t-elle, je l’espère, d’analyser les mécaniques de gameplay ou les enjeux narratifs qui en découlent. Le fait de rechercher son frère, sa sœur, ou tout autre proche dans un jeu vidéo peut n’être finalement qu’un prétexte pour lancer l’intrigue principale. D’autres jeux se concentrent bien davantage sur ce type de relation, où la tradition exige que l’aîné veille sur le benjamin. Cependant, la relation fraternelle s’implante véritablement au cœur de l’intrigue ou du gameplay de moins de jeux qu’on ne pourrait le croire.

A la recherche du frère perdu : un prétexte narratif ?

Max : The Curse of Brotherhood (2013) est la suite de Max and the Magic Marker, sorti trois ans plus tôt et dont les graphismes étaient drastiquement différents. C’est l’histoire d’un garçon excédé par son petit frère qui vole et détruit ses jouets, au point d’espérer le voir disparaître. Contre toute attente, le souhait de Max se réalise et son frangin est kidnappé par un monstre velu qui l’entraîne dans un autre monde. Max se lance aussitôt à leur poursuite. Au fil des péripéties, il va découvrir de nouveaux environnements mais aussi des pouvoirs inédits. Son marqueur est capable de dessiner des roches, des lianes et bien plus encore. Il en aura fort besoin car, pour sauver son frère, Max devra détruire et neutraliser le terrible Mustacho ! Vous l’avez compris, l’histoire de Max est ni plus ni moins celle d’un conte pour enfants. On peut tout à fait imaginer que l’intrigue sort de l’imagination du petit garçon, qui se sert – dans la réalité – de son marqueur pour dessiner et donner vie à ses histoires. C’est pourquoi le style graphique du jeu, assez similaire à certains films Pixar, se prête très bien aux cinématiques. Les niveaux quant à eux, sont à mi-chemin entre la 2D et la 3D. Sans être extraordinairement inventifs, ils ne se répètent jamais et sont tous plus plaisants les uns que les autres. Si la progression s’effectue plutôt facilement, quelques énigmes demandant plus de réflexion et certains trophées représentent de légers défis, comme le fait de terminer des chapitres sans mourir. Dans The Curse of Brotherhood, le fait de rechercher le petit frère de Max est un prétexte narratif pour lancer l’aventure. Cela a toutefois un impact sur la direction artistique, sortie de l’imaginaire de Max, sur le gameplay de certains niveaux et bien sûr sur l’intrigue qui, comme tout conte, possède une morale. En dépit de leurs disputes et de leurs conflits, Max est prêt à tout pour sauver son petit frère.

Max : The Curse of Brotherhood est très loin d’être le seul jeu débutant par la disparition d’un frère. En y réfléchissant, c’est aussi le cas de Luigi’s Mansion 3 (2019), dans lequel la famille de Mario part en vacances dans un hôtel de luxe hanté. Tout le monde disparaît, à commencer par le célèbre plombier à la combinaison rouge. Luigi décide d’affronter ses peurs et de s’armer de son plus bel aspirateur afin de chasser les fantômes et de retrouver ses proches. Luigi’s Mansion 3 est probablement l’un des plus beaux jeux que j’ai pu faire sur Nintendo Switch. La direction artistique est très séduisante car chaque partie de l’immense hôtel a son identité propre, parfois truffée de références. J’ai également le souvenir d’un gameplay peu évident à prendre en mains et d’ennemis assez retors. D’une certaine manière, il est triste que Mario doive disparaître pour que Luigi puisse avoir enfin le beau rôle. Cela lui permet toutefois de sortir de l’ombre de son frère et d’avoir, à son tour, son heure de gloire.

Dans un toute autre registre, parce que j’aime varier les saveurs, je peux évoquer Resident Evil 2 Remake (2019). Suite aux événements déroulés au manoir Spencer et à la disparition de Chris Redfield, sa sœur Claire décide de se rendre à Raccoon City pour tenter de le retrouver. Il s’agit, une fois encore, d’un prétexte pour lancer l’intrigue du jeu. Si Leon est à Raccoon City parce qu’il est policier, Claire, une civile, avait besoin d’une raison pour se trouver là. De plus, du fait de son patronyme, elle n’est pas une parfaite étrangère et attire davantage la sympathie des joueurs. Malheureusement, Claire ne retrouvera pas Chris et sera vite préoccupée par sa propre survie ainsi que par la perspective de fuir la ville. Malgré tout, ce n’est pas parce que cette quête est un prétexte qu’elle est inutile. Cela caractérise le personnage de Claire, qui apparaît comme une sœur loyale et courageuse. Cet enjeu narratif donne envie d’avancer, d’autant que les fans de la saga sont eux-mêmes attachés à Chris. Le tempérament protecteur de Claire se confirme lorsqu’elle décide de prendre sous son aile la petite Sherry Birkin. Certes, la recherche d’un frère ou d’une sœur disparus est souvent un prétexte narratif, mais cela n’est pas forcément péjoratif ou indigne d’intérêt.

Il faut sauver le petit frère ! Une relation verticale ?

Life is Strange 2 est un jeu développé par Dontnod dont le premier épisode est sorti en 2018. Le jeu conte les aventures de Sean, 16 ans, et de son frère Daniel, 9 ans. Suite à une tragédie, les deux frangins sont contraints de traverser l’Amérique dans l’espoir de se réfugier au Mexique. Life is Strange 2 est un road trip ponctué des leçons que Sean enseigne à son petit frère, mais aussi de la force insoupçonnée de ce dernier. Daniel possède des pouvoirs télékinétiques. Dans la mesure où il s’agit d’un jeu narratif, où chaque décision a des conséquences, nos choix peuvent avoir un impact sur le développement émotionnel et sur l’éducation de Daniel. Life is Strange 2 nous fait comprendre à quel point il peut être difficile d’élever un enfant. Sean commet des erreurs en voulant bien faire, mais essaie néanmoins d’aider Daniel à maîtriser ses pouvoirs. La relation entre les deux frères n’est pas verticale dans la mesure où les pouvoirs du plus jeune sont redoutables et les sauvera de nombreuses situations.

C’est un peu le même cas de figure dans le jeu d’infiltration A plague tale : Innocence (2019). L’histoire se déroule en France, au XIVe siècle, tandis que le pays est ravagé par la Guerre de Cent ans et par la Peste noire. Comme toujours, c’est une tragédie qui incite un frère ou une sœur à devoir endosser les responsabilités d’un parent. Amicia se retrouve contrainte à fuir l’Inquisition, en compagnie de son petit frère Hugo. Ils ne sont évidemment pas des combattants. Amicia devra faire preuve de discrétion mais aussi d’astuce pour échapper non seulement aux membres de l’Inquisition, mais aussi aux hordes de rats qui pullulent. Hugo est loin d’être un fardeau. Il est même possible de l’incarner, à certains moments. A l’instar de Daniel, il possède une force aussi insoupçonnée que redoutable.

Life is Strange 2 et A plague tale responsabilisent et émeuvent les joueurs en les glissant dans la peau d’un grand frère ou d’une grande sœur. Sean et Amicia veillent sur leur petit frère respectif. Cela nourrit tant l’intrigue que le gameplay. Les choix de Sean auront un impact sur l’éducation de Daniel et les décisions d’Amicia peuvent avoir des conséquences fatales pour Hugo. Les petits frères ont toutefois plus d’un tour dans leur sac et se révèlent des alliés précieux, lorsque l’histoire approche du dénouement. Ces fratries se basent donc sur la protection et la tendresse mutuelles.

Une fratrie au cœur de l’intrigue ou du gameplay

Dans d’autres jeux, certes plus rares, ce sont l’intrigue ou le gameplay qui servent de prétexte pour faire le récit d’une relation fraternelle. C’est le cas de Tell me why, également développé par Dontnod, en 2020. Après de longues années d’absence, Tyler Ronan revient à Delos Crossing, notamment pour retrouver sa sœur jumelle Alyson. Ce jeu se démarque des précédents dans la mesure où les joueurs incarnent autant un personnage que l’autre. Dans cette aventure narrative, les jumeaux enquêtent sur le passé afin de comprendre pourquoi leur mère a tenté de tuer Tyler, lorsqu’il était petit. Était-ce à cause de sa transphobie ou le passé est-il plus mystérieux qu’il ne le semble ? Bien que leur caractère soient très différents, les jumeaux sont connectés par un lien unique, qui leur permet de revivre certains souvenirs, lorsqu’ils sont ensemble. Cette enquête, ou quête spirituelle, va leur permettre de mieux se comprendre mais aussi de s’épanouir, en tant qu’individus. Notons que, durant le mois de juin 2022, pour célébrer le Pride Month, Tell me Why est gratuit sur Steam et sur X-Box.

Il serait criminel de ne pas clôturer cet article par Brothers : A tale of two sons, qui porte bien son nom. Cette aventure imaginée par Josef Fares est sortie en 2013. Dans ce conte inspiré des Frères cœur-de-lion, les personnages ne communiquent pas vraiment. L’histoire n’en demeure pas moins claire et prenante. Afin de trouver de quoi soigner leur père, Naia et son petit frère Naiee partent à la recherche de l’Arbre de vie. Les deux personnages se jouent simultanément avec la manette. Non seulement ils doivent coopérer mais ils doivent aussi s’entraider. Naia peut nager en portant son petit frère car celui-ci a peur de l’eau. Naiee profite de sa petite taille pour se faufiler à travers les grilles et partir en éclaireur. Brothers est le seul jeu que je connaisse qui nécessite d’incarner continuellement et simultanément les deux personnages, avec la même manette. De fait, le gameplay est totalement au service de l’ode à la fraternité.

Conclusion

De nombreux jeux vidéo mettent en scène des relations fraternelles. J’aurais par exemple pu évoquer Sam et Nathan Drake, dans Uncharted 4. Mais ces relations sont plus ou moins significatives. Max : The curse of Brotherhood, Luigi’s Mansion 3 et Resident Evil 2 utilisent la disparition d’un frère comme prétexte pour lancer l’intrigue. Cela n’empêche pas ces jeux d’avoir un sous-texte différent et pas inintéressant. D’autres jeux positionnent délibérément les joueurs dans la position de l’aîné(e) qui doit veiller sur le plus jeune de la fratrie. C’est le cas de Life is Strange 2 ou A plague tale. La relation en question est toutefois moins verticale qu’on ne pourrait le penser. Pour finir, d’autres jeux, plus rares, font vraiment de la relation fraternelle le cœur de leurs enjeux narratifs ou de leurs mécaniques de gameplay. A ce titre, je ne peux que conseiller Tell me Why et Brothers : A tale of two sons.

En parlant de duos, et comme il s’agit du dernier article de l’année, avant le bilan ; sachez que deux personnages se sont invités dans chaque miniature réalisée par Mystic Falco, depuis le mois de novembre 2021. Les avez-vous déjà remarqués ? Qu’attendez-vous pour les retrouver ? Nous en reparlerons, à la fin du mois !

8 réflexions au sujet de « Les fratries dans les jeux vidéo »

  1. J’aurais tellement aimé jouer à Tell me why… faudra j’attendre encore d’avoir un PC convenable :/. Mon frère me l’a pourtant chaudement recommandé en plus.
    En frère et soeur, j’viens de penser à Palom et Porom dans FF4 qui, malgré leur chamailleries, sont prêt à se sacrifier ensemble pour faire avancer les héros.
    Le premier jeu dont tu as parlé, m’intéresse un peu depuis que j’ai lu l’article de Gameuse Extraterrestre.
    Sinon pour les miniature, je crois avoir vu un fruit Paopu dans cet article. En tout cas, ça y ressemble ^^

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    1. Je te comprends car je ne pouvais pas y jouer non plus, faute de bon PC. Depuis, la personne avec qui je vis m’a prêté sa X-Box pour le faire et Tell me why est vraiment bon ! Oh, j’adore FFIV et c’est vrai que Palom et Porom sont un bon exemple ! Il ne s’agit pas d’un fruit mais bel et bien de deux petits personnages. Ils sont peut-être plus visibles sur d’autres miniatures que sur celle-ci^^ Merci pour ton commentaire !

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      1. Ah la chance ! Bon ma mère à son PC mais elle est toujours dessus et j’aime pas être dans le salon en étant en train de jouer ou en train de bosser. J’aime être dans ma petite bulle ou dans mon espace.
        C’est pour ça que j’ai cité FF4 car je sais que tu aimes beaucoup ce jeu x).
        Ah zut j’ai foiré !
        Je t’en prie 😀 !

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  2. J’aime beaucoup cet article avec un axe d’éclairage original, qui amène à des jeux de genres très différents. On ne parle pas si souvent de la relation des frères et soeurs dans les jeux vidéos, alors que cela donné de magnifiques histoires (notamment A plague tale, Life is strange 2, Tell Me Why ou Brothers). Effectivement, c’est très souvent un prétexte narratif (comme les relations parent-enfant), mais quand les jeux mettent vraiment l’accent sur la relation, cela ne donne quasiment que des chefs d’oeuvre, poignants par l’attachement qu’ils nous donnent envers le duo et les émotions par lesquels ils font passer (là encore une fois, A Plague Tale ne serait pas ce qu’il est, sans cette relation). Et Brothers est un véritable pic émotionnel. Il y aussi le duo frère et soeur de LIS 3 (mais qui est bien moins développé : là, c’est plutôt la relation « après » ce lien fraternel qui est évoqué).
    Parmi d’autres exemples qui me viennent en réfléchissant, il y a le lien frère-soeur entre James et Lily, James revivant plusieurs scènes de son passé avec elle pour comprendre comment il est devenu l’homme qui l’est : là, c’est plutôt la soeur qui lui donne quelques leçons de vie et le sauve à plusieurs reprises. Spoilers : selon l’interprétation de la fin, on peut même supposer qu’il ait une dissociation d’identité où il reprend la personnalité de sa soeur ; selon la fin, c’est même sa soeur qu’on voit dans l’épilogue, ayant survécu au frère. Dans The Medium, même si on s’en rend compte tardivement, il y a la relation entre Marianne et sa soeur qui est très importante : elles sont séparées, enfant, par un incendie où la soeur de Marianne est censée trouver la mort, provoquant la naissance d’une entité maléfique. Marianne part ainsi à sa recherche sans le savoir au début du jeu. Il y a aussi le récent Martha is Dead avec une jumelle prenant l’identité de sa soeur décédée : cela fait vraiment partie des ressorts scénaristiques de l’intrigue.
    Dans un tout autre genre, c’est vrai qu’il y a aussi Oxenfree qui joue sur la relation entre frère et soeur : l’héroïne a perdu son frère, mais a un demi-frère par alliance. On parle donc davantage de ce qui se passe après comme dans LIS 3, mais ce n’est pas autant développé.

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    1. Je ne pensais plus à Life is strange 3 mais c’est vrai que c’est développé de façon plus ténue. Tu parles de Silent Hill II ? En tout cas, merci d’avoir apporté des exemples supplémentaires à cet article. 🙂

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  3. Je suis tellement contente de voir Brothers ! Ce jeu m’a accroché à l’écriture de Josef Fares. Le twist de gameplay à la fin m’a marqué (comment concilier gameplay et récit par une simple touche, si lourde de sens). Je peux que souligner aussi tout ce que tu dis sur Amicia et Hugo : une véritable symbiose entre les personnages se crée. Le simple fait que Hugo offre des fleurs à Amicia j’ai trouvé ça touchant, sa tentative à lui d’aider sa sœur, lui qui ne sait pas se battre.

    Hauntya a cité pas mal de fratries, j’en rajouterais une ou deux. Vergil et Dante de Devil May Cry (frères jumeaux) dont la rivalité nourrit chaque épisode. Il me semble même que le premier épisode s’ouvre sur un combat entre les deux. Une sorte de cercle de destruction où Vergil cherche constamment à dépasser Dante.

    Assassin’s Creed Syndicate nous fait incarner Evie et Jacob, frère et sœur (et jumeaux eux aussi) qui ont droit à leurs missions dédiées, en plus de l’histoire principale qu’on peut incarner avec le protagoniste de notre choix. Ils se chamaillent souvent, comme ça arrive souvent dans les fratries, mais demeurent proches et prêts à s’entraider.

    Il en existe sûrement d’autres mais ils me viennent pas en tête.

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    1. Ravie que les exemples t’aient convaincue ! Oh c’est très intéressant pour DMC, c’est là qu’on voit que je ne connais la licence que de nom. Et très bon exemple pour Syndicate. Je l’avais fait, en plus ! Ca soulève une autre question, car cela permettait de jouer à la fois un perso masculin et un féminin, sans avoir le choix. Cela évite le genre de polémique qu’il y avait eu sur Odyssey.

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