Dragon Ball Z Kakarot | Une rétrospective du manga culte

Comme beaucoup d’enfants des années 80 et 90, j’ai grandi avec Dragon Ball Z. Je regardais les épisodes de l’animé à la télévision, quand je n’essayais pas de reproduire les personnages sur une feuille de papier, ou encore de compléter ma collection de « DBZ bonhommes ». Au grand dam de mes parents, on en trouvait, à cette époque, dans tous les distributeurs de capsules ! (Et je ne parle pas de Capsule Corp.) Quelques années plus tard, j’ai acquis l’intégralité des mangas, qui m’a permis de découvrir l’histoire de Son Goku, enfant. Mais même là, je ne savais pas encore combien cette saga me suivrait, grâce aux valeurs qu’elle inculque, au même titre que certains contes Disney. Si tu restes sur cet article, c’est que tu as envie de te replonger dans l’histoire de Dragon Ball Z et de découvrir si le JRPG DBZ Kakarot lui fait honneur. Si tu ne connais pas grand chose à ce manga culte, ce n’est pas grave, on va en parler. Mais sache que certains passages clés de l’histoire peuvent être spoilés. Tu es prêt(e) ? C’est parti.

Les jeux vidéo Dragon Ball

Aussi surprenant que cela puisse sembler, il y a déjà eu environ 70 adaptations vidéoludiques de Dragon Ball. Certaines n’ont d’ailleurs sans doute jamais vraiment franchi les frontières nippones. Le premier jeu dont je me souviens est Dragon Ball : Final Bout (1997). Avec le recul, ce jeu de combat n’était pas très bien fichu et monstrueusement lent, ce qui ne nous a pas empêchés, mes frères et moi, d’y jouer énormément. On faisait avec ce qu’on avait, à l’époque de la PlayStation 1 ! Vint ensuite, dans les années 2000, l’époque des DBZ Budokai, puis Budokai Tenkaichi. Et autant dire que les disques ont encore pas mal tourné. En plus de proposer une immense palette de personnages, Budokai Tenkaichi 3 imitait les graphismes du manga et permettait de se transformer, en plein combat. Tu te rends compte ? Pour être tout à fait honnête, l’époque des jeux proposant un mode multi local de qualité, et de nombreux personnages à débloquer, sans les acheter, me manque. J’ai aussi eu l’occasion de tester l’un des épisodes de DBZ : L’héritage de Goku, sur Game Boy Advance. Un titre intéressant dans la mesure où, à l’instar de DBZ Kakarot, il s’agissait d’un RPG. Il y eut de nombreuses autres adaptations, à commencer par la série Xenoverse ou Dragon Ball FighterZ, qui ne m’ont jamais donné spécialement envie. J’avais d’ailleurs de forts a priori sur DBZ Kakarot, avant de me lancer dans l’aventure. Et tu sais quoi ? Je suis très heureuse d’y avoir joué.

L’harmonie de la narration et du gameplay

Entendons-nous bien, objectivement, DBZ Kakarot n’est pas un grand JRPG. Si certaines cinématiques sont d’excellente facture et n’ont pas à rougir face à l’animé, l’aspect technique et les graphismes peuvent se révéler bancals. Côté histoire, le jeu vidéo reprend les quatre grands arcs de Dragon Ball Z : l’arrivée des Saiyans sur Terre, l’affrontement contre Freezer sur Namek, le Cell Game et l’arc final, dix ans plus tard, contre Majin Boo. DBZ Kakarot rend hommage à tous les moments emblématiques du manga. Si cela peut captiver ou émouvoir les fans, ce peut être à double-tranchant pour les moins fans, voire les néophytes. Le jeu est-il un bon moyen de découvrir cette histoire culte, ou au contraire, très fastidieux ?

Bien qu’il s’agisse d’un Action-RPG en monde ouvert, DBZ Kakarot est une alternance de combats et de dialogues ou cinématiques. Sans surprise, l’entraînement et les arts martiaux sont au cœur du gameplay. Je te rassure, tu n’auras pas à expérimenter de longues phases de level-up, dans la mesure où le jeu n’oppose pas de difficulté majeure. Pourvu que tu joues sérieusement et ne négliges pas le contenu annexe, tout devrait bien se passer. Les différentes méthodes d’entraînement s’avèrent toutefois indispensables pour acquérir certaines compétences, comme le Genki Dama, le Final Flash, ou le fameux Kamé Hamé Ha. Les combats sont, quant à eux, assez intuitifs. Le dosage des puissances est respecté autant que possible, et on ne s’ennuie pas, pourvu qu’on utilise toutes les fonctionnalités mises à notre disposition. Entendons-nous bien, DBZ Kakarot est un jeu plus tout public que véritablement technique, mais ce n’est, à mes yeux, pas un inconvénient. Le plus important est la manière dont il retranscrit, par sa narration ou son gameplay, la force des thématiques de l’histoire de Dragon Ball Z.

Le manga est une histoire de confrontations et de persévérance, qui incite à se surpasser continuellement, certes. C’est avant tout une histoire de famille et d’amitié, rappelant qu’il est parfois impossible de s’en sortir seul. Cette ode à l’entraide se traduit, dans DBZ Kakarot, par la possibilité de créer des trios. Tu contrôles le personnage principal, tandis que les autres combattants peuvent effectuer des actions de soutien, commandées ou non. Le jeu possède par ailleurs un système d’emblèmes très intéressant. Chaque personnage possède un emblème à son effigie, qui peut être placé dans différents arbres de compétences. Par exemple, Bulma est l’emblème principal de l’arbre de compétences des créations technologiques. Plus on y ajoutera d’emblèmes, plus on obtiendra d’avantages dans ce domaine. Or, il ne faut pas placer les personnages n’importe comment. L’emblème de Bulma apportera beaucoup plus de points s’il est associé aux membres de sa famille, ou à ses amis proches.

Le contenu annexe inégal

Outre la quête principale, Dragon Ball Z Kakarot possède un monde ouvert. Et qui dit monde ouvert, dit contenu annexe. Certes, les quêtes secondaires sont ce que l’on peut concevoir de moins imaginatif dans les RPGs, mais elles ont le mérite d’adopter un humour décomplexé, propre à la saga, ou encore de mettre en avant des personnages de Dragon Ball, premier du nom. Le titre possède plusieurs mini-jeux, sans intérêt apparent, mais qui sauront attendrir le cœur des fans. On peut ainsi pécher de manière sportive, avant d’aller goûter la cuisine de Chichi, ou encore de voir Goku et Piccolo conduire de manière assez désastreuse. Il est aussi possible, bien entendu, d’aller chercher les sept boules de cristal afin d’invoquer Shenron. Le jeu regorge de références à l’univers de DBZ, par son contenu annexe, mais aussi par certains collectibles ou encore l’encyclopédie disponible dans le menu. Pour couronner le tout, le doublage japonais et la bande originale sont d’excellente facture. Je regrette que les références n’aillent pas plus loin, afin de diversifier le contenu annexe somme toute superficiel. Il est dommage qu’il n’y ait pas de vrai « épilogue » ou que les musiques originales ne soient pas toutes présentes, mais Dragon Ball Z Kakarot demeure un hommage satisfaisant – et très fidèle – au manga et à l’animé cultes.

Les thématiques de Dragon Ball Z

Je me dois d’insister sur le fait que c’est un réel plaisir de revivre (en étant acteur), tous les moments les plus emblématiques de Dragon Ball Z. Kakarot porte bien son nom puisqu’il s’agit de l’histoire de Son Goku, puis de ses fils. Mais l’intrigue de DBZ a toujours abordé des thématiques beaucoup plus vastes que cela. Il nous faut affronter des adversaires de plus en plus coriaces, au point que cela en devienne caricatural, mais en y réfléchissant, ce sont aussi des adversaires de plus en plus chaotiques et inhumains (si tant est que ce mot ait un sens dans l’univers de Dragon Ball). Les premiers ennemis du jeu, les Saiyans, en veulent à la Planète Terre, mais ne sont finalement que les instruments de Freezer, rencontré plus tard sur Namek. Ce guerrier impitoyable est la figure du tyran par excellence. C’est une espèce de mégalomane qui souhaite asservir la galaxie, quitte à décimer des peuples entiers. L’arc sur Namek se révèle plus intimiste que prévu, puisque, par la force des choses, et en ne le découvrant que très tard, Son Goku parvient à venger son peuple. L’arc suivant laisse de côté la mythologie des Saiyans et fait un pas de plus dans la science-fiction, puisqu’il aborde les questions du voyage temporel ou de la création de cyborgs dévastateurs. Cell est un être construit de toutes pièces, à partir de données récoltées sur Son Goku et ses amis. Le guerrier verdâtre est moins calculateur et mégalomane que Freezer dans la mesure où il a l’amour du combat, au point d’organiser un championnat, pour se distraire. L’arène de Cell sera d’ailleurs le théâtre d’un passage de flambeau. Son Goku reconnaît que son fils, Gohan, peut être plus puissant que lui. Le dernier antagoniste de DBZ, Majin Boo, est comme son nom l’indique, une sorte de mauvais génie. A vrai dire, Boo n’a aucun objectif fixe. C’est un pur agent du chaos et c’est cela qui le rend particulièrement redoutable.

Je disais, plus haut, que DBZ invite ses héros à se surpasser. Ce n’est pas seulement sur le plan physique mais aussi sur le plan moral. Son Goku lui-même, en dépit des apparences, est une déconstruction du héros suprême et parfait. Et je ne fais pas seulement référence à sa grande naïveté. Comme certains de ses homologues américains, il fait preuve d’une grande compassion et il est incapable de tuer. Si cela se retourne parfois contre lui, de nombreux adversaires d’hier accèdent à la rédemption et deviennent les amis de demain. Malgré son amour de la compétition, Son Goku ne vit pas pour devenir le meilleur. Il est capable de se mettre en retrait et de faire preuve d’une grande abnégation. Il n’hésitera pas à céder le flambeau à Son Gohan, au cours d’une scène culte, et à se sacrifier, pour sauver sa famille et ses amis. Au fil des arcs, et de leur résolution, on réalise que Son Goku n’est pas la clé de tous les problèmes. A la fin de Dragon Ball Z, il ne serait jamais venu à bout de Majin Boo sans l’aide de Vegeta, des Terriens, et même de Mister Satan lui-même. Son fils, Gohan, n’a, quant à lui, pas l’âme d’un guerrier. Il rêve de devenir un grand érudit, et c’est bon gré, mal gré, qu’il se retrouve au sein de batailles décisives. Mais la plus grande déconstruction du guerrier sans scrupule est sans doute celle de Vegeta. Terriblement fier et arrogant, celui-ci ne vit que pour être le meilleur, au point de haïr Son Goku, simplement parce qu’il lui a laissé la vie sauve, après l’avoir vaincu. Au fil des années, Vegeta apprendra à vivre pour d’autres personnes que pour lui-même et à enfin reconnaître que Goku est, pour lui, ce qui se rapproche le plus d’un meilleur ami.

Je n’apprends sans doute rien aux amateurs de Dragon Ball Z, mais j’avais besoin de rappeler les thématiques fortes du manga, peut-être pour mieux poser des mots sur les émotions auxquelles nous confronte DBZ Kakarot.

PS : Tu peux retrouver mon premier article sur Pod’Culture, ainsi qu’une interview sur La Vision d’un Gamer.

A la découverte de Dragon Quest XI

Tout commença lorsque le film d’animation Dragon Quest : Your Story fut diffusé sur Netflix. Le long-métrage reprend les grandes lignes du jeu Dragon Quest V, sorti en 1992. Le titre « Your Story » a son importance et en dit long sur la saga. Je ne l’avais pas tout de suite compris. Grande amatrice de la saga Final Fantasy, je n’avais pourtant jamais touché à un seul jeu de sa consœur (également développée par Square Enix) : Dragon Quest. C’était une envie de longue date, galvanisée par ce film et par les circonstances particulières de cette année 2020. J’ai donc acquis le Saint Graal : Dragon Quest XI : Les combattants de la destinée, sur PS4. (Je n’ai découvert, qu’après coup, que la version Switch comportait du contenu exclusif).

Le dernier opus de la saga se joue et se comprend facilement, même si on n’a jamais joué à un Dragon Quest de sa vie. J’en suis la preuve vivante. Toutefois, afin de mieux saisir les références ou les hommages que j’étais susceptible de rencontrer, j’ai décidé de me plonger dans la découverte de deux livres, en parallèle. Le premier est un Mana Books rassemblant plus de 500 illustrations des jeux, réalisées par Akira Toriyama. Le deuxième est « La légende Dragon Quest », rédigé par Daniel Andreyev et édité par Third Editions. Est-il utile de préciser que je conseille le premier ouvrage, véritable délice visuel ? Le deuxième, lui, m’a permis de me familiariser avec les coulisses de la saga et sa progression, au fil des différents épisodes.

Cet article n’a pas la prétention d’analyser Dragon Quest XI sous tous les angles, comme j’ai pu le faire pour d’autres jeux. Il a pour seul but de partager ma découverte et mon expérience personnelles, qui furent grandement positives. Comme Dragon Quest XI regorge de rebondissements très efficaces, je vais éviter de faire des spoilers concernant des points majeurs de l’intrigue.

Je te laisse savourer la cinématique d’ouverture de Dragon Quest XI, avant que nous partions à la conquête du vaste monde entourant le petit village de Caubaltin.

1. « Dragon Quest XI : Your Story » : Un jeu dont tu es le héros

Dragon Quest XI est un épisode particulier. Pour cause, il est sorti en 2017, peu de temps après les 30 ans de la licence. (Le premier Dragon Quest est sorti le 27 mai 1986). Pour mieux appréhender la saga, il faut au moins connaître trois noms : celui de son scénariste et concepteur, Yûji Horii, celui de son compositeur, Kôichi Sugiyama, et celui de son character designer, Akira Toriyama. D’après Daniel Andreyev, « cette trinité d’artistes est l’âme de Dragon Quest, la série fondatrice du RPG japonais, celle qui a créé les clichés d’un style et même des expressions maintenant utilisées couramment. Leur œuvre se résume en trois modestes idées : de l’aventure, de la simplicité, du cœur. »

J’ai été frappée par le fait que le protagoniste n’ait ni nom, ni voix. Tu es libre de le baptiser à ta guise, et il ne répond jamais véritablement aux autres personnages. Tout juste te sera-t-il permis de sélectionner « oui » ou « non », après certaines questions, sans que cela n’ait de réel impact sur la suite des aventures. Il en a toujours été ainsi dans Dragon Quest. Yûji Horii aurait confié la raison suivante : « D’une manière générale, je pense qu’un protagoniste qui s’exprime finit par aliéner le joueur. Il l’incarne comme s’il s’agissait d’une extension de lui-même. Dans ce cas, pourquoi donc cet avatar prendrait-il soudainement la parole ? » Dragon Quest XI n’est pas le seul jeu à utiliser ce procédé, loin s’en faut. J’ai toutefois été déstabilisée par le mutisme du héros, alors que les autres personnages sont très vivants, et que nous connaissons une ère vidéoludique de plus en plus cinématographique. Pourtant, l’argument de Yûji Horii est valable. Il est vrai que l’implication du joueur, dans l’histoire et auprès des différents compagnons, est particulièrement forte. Comme le veut la tradition, on apprend que le protagoniste est un élu, surnommé l’Éclairé.

Le héros de Dragon Quest XI.

2. « Heureux qui comme l’Éclairé, a fait un beau voyage » : Personnages et régions

L’équipe de compagnons est l’un des atouts majeurs de ce onzième opus. J’ai pris énormément de plaisir à apprendre à connaître Erik, un jeune homme moins désinvolte qu’il n’en a l’air. Je me suis tout de suite fait la réflexion que la petite Veronica paraissait trop mature pour son âge, avant de découvrir son secret. Veronica est aussi impulsive que sa sœur, Serena, ne se montre sage. Il n’est pas surprenant que la première ait les talents d’un mage noire, alors que la deuxième est une soigneuse très précieuse. Non seulement les personnages se complètent en terme de compétences, mais aussi en terme de tempéraments et d’intrigues personnelles, au point qu’on vogue de l’un à l’autre, sans jamais laisser une partie de l’équipe, trop longtemps de côté. Notre héros rencontre aussi Sylvando, un homme déluré qui brise tous les clichés de la chevalerie. Mon personnage favori sans doute. L’équipe initiale est finalisée par Jade et le vieux Théo, qui éclaireront (sans mauvais jeu de mots) le héros sur son passé.

Quand on voyage en bonne compagnie, peu importe la destination. D’ailleurs, je n’étais pas pressée de parvenir au dénouement. Les paysages parcourus n’en ont pas moins rendu l’odyssée plus entraînante encore. Le monde de Dragon Quest XI n’est pas entièrement ouvert, car les régions sont cloisonnées. Cela ne t’empêche pas d’errer sur la mappemonde à ta guise, et ce à pieds, en bateau, ou sur différentes montures. Le fil conducteur est relativement bien dosé dans la mesure où l’on sait toujours où aller, sans pour autant être constamment guidé ou tenu par la main. Rien n’empêche de laisser la quête principale en suspens afin de se focaliser sur quelque contenu annexe.

Chaque région et même chaque ville propose un réel dépaysement. Si Gallopolis, la cité des courses hippiques, est très orientale, Gondolia fait énormément penser à Venise, tandis que les habitants de Puerto Valor s’expriment comme les espagnols. La France est mise à l’honneur grâce à l’Académie Notre-Maître des Médailles. Je me suis fortement réjouie de retrouver des références à l’univers Viking et à la mythologie nordique, par l’intermédiaire de Sniflheim et de ses environs…

De gauche à droite : Erik, Sylvando, le Héros, Jade, Veronica et Serena.

3. « Cha-La Head-Cha-La » : Les références

En fait, les références à la mythologie nordique ne s’arrêtent pas là. Le sort de l’univers dépend de l’Arbre de Vie, appelé Yggdrasil. Or, c’est le nom de l’Arbre Monde qui réunirait les différents royaumes de la mythologie nordique. (On peut d’ailleurs arpenter cet arbre dans le dernier opus de God of War.) Cela n’empêche pas Dragon Quest XI de s’inspirer des légendes et du folklore de bien des pays, afin de varier les quêtes ou le bestiaire. Ce bestiaire est un des ingrédients qui m’a rendue amoureuse du jeu. Il est jouissif de voir les différentes créatures vagabonder sur la carte, et de n’aller à leur rencontre que si on souhaite s’entraîner. Chaque région a son propre bestiaire, qui évolue en fonction du moment de la journée ou de la météo. Si ces créatures semblent toutes avoir leur identité propre, c’est parce que le bestiaire est l’une des choses qu’on retrouve au fil des épisodes de la saga. Le monstre le plus connu du jeu est probablement le Gluant. Je n’ai pas été étonnée d’apprendre que Dragon Quest pourrait être une des sources d’inspiration de Pokémon.

Une autre référence sautant aux yeux est l’arrivée du héros, encore bébé, entre les bras de celui qui deviendra son grand-père adoptif. Tout dans la mise en scène, jusqu’à l’apparence du vieillard, m’a fait penser à l’arrivée de Son Goku, dans Dragon Ball. Daniel Andreyev l’a également souligné : « La mise en scène est la même, celui qui devient le père adoptif du héros soulève le bébé dans les airs après l’avoir retrouvé. » Ce n’est pas étonnant dans la mesure où les personnages principaux et les monstres du jeu ont été imaginés par Akira Toriyama, le père de Dragon Ball. C’est en partie pour cela que j’ai tout de suite été séduite par la direction artistique.

Mais les comparaisons ne s’arrêtent pas là. Lorsque l’équipe arrive à l’arène d’Octogonia, elle participe à une sorte de tournoi d’arts martiaux. Certes, l’arrivée d’un orphelin dans une famille adoptive, qui lui apprendra qu’il est spécial, avant qu’il affronte moult péripéties n’est pas un schéma propre à Dragon Ball. Loin s’en faut. En fait, toujours d’après Daniel Andreyev, « c’est aussi l’archétype d’un récit shônen […]. Il ne s’agit pas simplement de s’adresser aux jeunes garçons, c’est un genre qui exalte des valeurs positives comme l’abnégation, l’amitié, le courage, la volonté, où les anciens ennemis deviennent alliés. »

Ajoutons à cela des plaisanteries que d’aucuns pourraient qualifier de vieillottes. Par exemple, on finit par découvrir que Théo, vieux sage de la bande, prend du plaisir en lisant des magasines coquins, en cachette. Il devient rouge de honte lorsque les autres découvrent son secret. Il est impossible de ne pas établir un parallèle avec Tortue Géniale, dans Dragon Ball. Daniel Andreyev y voit « une véritable caricature d’un âge d’or de la pop culture japonaise des années quatre-vingt. » Cet humour teinté de nostalgie rend le jeu d’autant plus bon-enfant.

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4. « I am what I am » : Le cas Sylvando

Daniel Andreyev trouve toutefois cet humour moins inoffensif, lorsqu’il est question de Sylvando. Cette fois-ci, je ne partage pas l’avis de l’auteur de La Légende Dragon Quest. J’ai dit, plus haut, que Sylvando était mon personnage favori, et qu’il brisait les codes de la chevalerie. Cela n’empêche pas le personnage d’être une caricature. Sylvando est très efféminé et maniéré. Il endosse des tenues colorées et ses attaques sont délirantes, sans exception. Certains l’imaginent tout droit sorti de La Cage aux folles… Je conçois que la représentation de Sylvando puisse paraître maladroite, voire homophobe. Mais ce serait sans doute passer à côté des messages implicites véhiculés par le jeu.

En fait, Sylvando m’a énormément fait penser à un des personnages principaux de la série Queer as Folk : Emmett. Les deux personnages paraissent efféminés et insouciants. Pourtant, ils se révèlent être les plus sages et forts de la bande. Certes, le jeu ne dit jamais que Sylvando est homosexuel. Au reste, après un certain événement de l’intrigue, le héros est amené à retrouver Sylvando, qui s’est entouré d’une bande de jeunes hommes, afin d’organiser une sorte de Gay Pride. C’est ça aussi Dragon Quest XI : des rebondissements tous plus surprenants les uns que les autres. Je n’aurais jamais imaginé que je devrais porter un costume à plumes, pour mener une parade rose pimpante, dans un JRPG de fantasy. Personnellement, ça m’a fait beaucoup rire, d’autant que Sylvando anime cette parade pour rendre de la gaieté aux gens. Il n’apparaît jamais comme un personnage faible ou négatif.

Enfin, j’ai trouvé le sous-texte de son cheminement personnel intéressant. Officiellement, Sylvando a peur de revoir son père car il n’est pas devenu un chevalier traditionnel comme lui. Il a préféré aller travailler dans un cirque. Son père finit toutefois par le retrouver avec plaisir et bienveillance. Le joueur peut interpréter cela comme il le souhaite. Notons, pour conclure, qu’il s’appelle Sylvia et se genre au féminin, en japonais. Cette fois, n’est-ce pas l’intention derrière le choix de traduction qui prête à confusion ? Je te laisse seul(e) juge.

Sylvando, cette Diva sublime.

5. « It’s time to get up. Today is a very important day. » : Bilan

Outre la quête initiatique, les personnages flamboyants, les combats au tour par tour, les régions dépaysantes ou encore l’esthétisme inspiré de l’art d’Akira Toriyama, Dragon Quest XI possède une ribambelle de contenus annexes et de mini-jeux. J’ai passé un nombre incalculable d’heures à chercher des tenues permettant de modifier l’apparence de mes personnages, à rassembler des matériaux afin de forger des armes sur la Transforge, ou encore aux Casinos. Or, je ne l’ai pas seulement fait dans l’optique de compléter le jeu à 100%. J’y ai vraiment pris du plaisir. Dragon Quest XI est aussi chronophage qu’addictif. En parlant d’addiction : au vu du nombre de parties de poker que j’ai faites, je crois que, par précaution, je ne mettrai jamais les pieds dans un véritable casino.

L’un des seuls reproches que je pourrais faire au jeu (outre un léger backtracking) est que les musiques semblent trop désuètes. C’est volontaire, malgré tout, pour attiser ce sentiment de nostalgie chez le joueur, en particulier s’il est familier de la licence. Un morceau a toutefois suffisamment attiré mon attention pour que je l’écoute en boucle : Dundrasil Ruins.

La nostalgie, ce n’est pas seulement le réconfort de retrouver quelque chose de familier, c’est aussi la mélancolie que l’on ressent lorsqu’on a le sentiment de perdre quelque chose, ou une époque. La question du temps qui passe au fil des générations, est primordiale dans Dragon Quest XI, même si je ne me risquerai pas à parler de l’intrigue. Je me contenterai de dire que la réflexion est assez méta. En fait, même en découvrant à peine la saga, ce jeu à la fois nostalgique et moderne est parvenu à m’insuffler beaucoup d’émotion et de mélancolie, par la peine qu’inspirent certaines situations, ou par un final en apothéose. J’ai insisté sur l’aspect bon-enfant de Dragon Quest XI, mais il n’empêche pas le jeu d’être une odyssée épique, surprenante, qu’on quitte avec un sentiment d’accomplissement, mais aussi la tristesse d’abandonner des environnements et des personnages grâce auxquels on se sentait chez soi.

Il n’y a que les grands jeux qu’on quitte, avec regret, comme de vieux amis. En l’espace d’un seul épisode, Dragon Quest rejoint le cercle restreint des sagas vidéoludiques qui m’ont le plus marquée, à ce jour.

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