Cyberpunk 2077 | Le guide de Night City

Quelles soient fictives ou inspirées de la réalité, les villes ont une place prépondérante dans les jeux vidéo. C’est elles qui donnent vie à l’univers fictif, tout en nous amenant à vivre un parcours initiatique. Quel joueur de Pokémon ne se souvient pas de ses premiers pas à Bourg-Palette ? Qui n’a jamais été effrayé(e) à l’idée de se retrouver prisonnier des murs de Raccoon City, ou de la brume de Silent Hill ? Parfois, un jeu vidéo a pour seul terrain de jeu une cité unique. C’est le cas de Cyberpunk 2077. Le RPG ambitieux de CD Projekt (à qui l’on doit aussi The Witcher III) a connu bien des déboires, après son lancement, en 2020. J’ai décidé de visiter Night City quatre ans plus tard, avec l’édition PS5. Je n’ai moi-même pas été à l’abri de quelques bugs, mais le jeu est sans nul doute plus abouti qu’à sa sortie. Je me suis d’autant plus laissée emporter par l’ambiance de Night City, au point d’avoir eu du mal à lui faire mes adieux. Cet article a tant pour objectif de vous familiariser avec Night City et faciliter vos débuts dans l’aventure, que de rendre hommage à cette ville qui vous a peut-être autant marqués que moi.

C’est assez peu commun à mes yeux, mais Cyberpunk 2077 ne tire pas toute sa force de son intrigue ou de ses personnages. La vraie star du titre est la ville elle-même. Elle ne sert pas de simple décor, d’abord parce qu’elle est de toute beauté (et qu’on ne souhaite même pas utiliser les points de voyage rapide) ; mais aussi parce qu’elle est organique. Ce sont les quêtes qui gravitent au cœur de la ville. Ce sont les personnages qui y prennent vie et non l’inverse. Sans les environnements, les dimensions historiques ou politiques de Night City, Cyberpunk 2077 n’aurait pas le même impact. La ville est si bien pensée qu’elle est le socle d’une uchronie et d’une dystopie passionnantes imaginées par CD Projekt. L’uchronie, c’est proposer une réécriture de l’Histoire, à partir d’un point modifié. La dystopie, c’est la conception d’une société imaginaire aux idéologies néfastes. Cyberpunk 2077 façonne une ville, et par extension un monde futuriste en lesquels on croit, tant les dérives dénoncées sont peu éloignées de notre quotidien. Notons que cet article n’aurait pas été possible sans la lecture du « Monde de Cyberpunk », dirigé par M. Batylda et paru en 2021.

Ce livre emprunte la voix de plusieurs personnages fictifs, lesquels nous proposent une visite documentaire de Night City. L’ouvrage est un allié précieux pour aborder le jeu, ou pour poursuivre l’aventure quand on croit l’avoir terminée. « Le Monde de Cyberpunk » propose un avant-propos séduisant : « Nous sommes intimement convaincus que l’excès de technologie moderne nuit à notre communication, affectant nos relations et nos communautés. Quand vous vous connectez au système de retransmission, vous êtes à la merci d’une propagande agressive et de publicités intrusives. La lecture de textes longs est une pratique en voie de disparition dans notre monde moderne, et c’est pour empêcher l’extinction de l’écrit que nous avons choisi de soutenir ce format sur notre site. » Je pourrais largement copier cet avertissement sur la page de présentation de mon blog, tant Cyberpunk 2077 me semble clairvoyant.

Où se situe Night City ? De toute évidence en Amérique du Nord, en Californie. Après la destruction de Morro Bay (une ville existante), le dénommé Richard Night racheta le terrain, en 1994, dans l’optique de créer une cité parfaite. Comme on dit, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Il paraît impossible de narrer le déclin de Night City, sans parler des mégacorporations. Dans un univers cyberpunk (sous-genre de la science-fiction), une mégacorporation est un groupe d’entreprises ayant le monopole dans tous les domaines. La mégacorporation peut agir comme un gouvernement, puisqu’elle est assez puissante pour ignorer la loi et fonder sa propre armée. Lesdites mégacorporations ont un pouvoir inégalé dans le monde de Cyberpunk 2077, si bien qu’elles n’ont pas hésité à sacrifier la planète, pour s’enrichir. La surexploitation des ressources naturelles a accéléré le dérèglement climatique. Ainsi, l’Amérique (Night City ne faisant pas exception) est régulièrement victime de « pluies acides » ou de « tempêtes de poussière ». Les guerres dévastatrices n’ont pas été plus clémentes à l’égard du reste du monde, puisque le Moyen-Orient est par exemple devenu un « désert radioactif ». Night City n’est – une fois encore – pas en reste. Il est impossible de ne pas mentionner l’explosion atomique qui dévasta son Centre-Ville, 50 ans avant l’histoire du jeu. Une tour appartenant à la mégacorporation Arasaka avait été visée. La mèche aurait été allumée par une star du Rock dénommée Johnny Silverhand, peu avant sa disparition. Une certaine Rogue ne serait pas étrangère à l’affaire, mais nie – aujourd’hui encore – toute implication, d’autant qu’elle occupe désormais une place de choix à Night City. Depuis, la ville a été en partie reconstruite, mais de nombreux quartiers sont à la merci de gangs tous plus dangereux les uns que les autres. D’autres menaces rôdent à Night City. De nombreux civils sont armés ou addicts aux danses sensorielles. Cette technologie de pointe leur permet de vivre les souvenirs et les sensations des stars du moment ; cela semble constituer la descendance de la télé-réalité ou des réseaux sociaux actuels. Ce voyeurisme et cette addiction ont engendré de nouveaux syndromes psychologiques comme des troubles dissociatifs de l’identité, liés à l’abus de l’utilisation de danses sensorielles. Vous n’avez peut-être plus envie de visiter Night City, n’est-ce pas ? Je peux comprendre. Il reste pourtant encore beaucoup à découvrir.

C’est au nord de Night City, dans le quartier de Watson, que débutera votre odyssée. Vous y posséderez votre premier appartement, et comme beaucoup d’autres avant vous, vous vous demanderez à quoi peuvent bien servir les trois coquillages déposés près des toilettes. Ce n’est pas un début très glorieux. Watson est un quartier assez pauvre et isolé de la ville. Bien qu’on y trouve l’Afterlife, le club de Rogue, le district est sous la coupe de la mégacorporation Arasaka. En effet, le mastodonte possède et surveille étroitement tous les accès maritimes de la ville. Si vous avez besoin d’un boulot, je vous conseille de vous tourner vers une dénommée Regina Jones. Fixer de son état, elle propose des contrats variés aux mercenaires mais mène aussi des recherches actives sur la cyberpsychose. Cette maladie mentale est provoquée par l’abus d’ajouts cybernétiques, dans le corps humain. Attendez-vous donc à devoir retrouver et immobiliser des individus très dangereux. Watson est divisé en quatre sous-districts. On trouve, au nord-ouest, le Front de mer d’Arasaka dont nous avons parlé plus tôt. Dirigez-vous vers l’est et vous tomberez sur le District industriel de Northside. Ces usines laissées à l’abandon constituent le territoire des Maelstrom, l’un des gangs les plus violents de la ville. Ils désirent par-dessus tout améliorer la « chair faible », si bien qu’ils modifient leur corps à l’aide d’implants, jusqu’à frôler la cyberpsychose. On comprend mieux pourquoi Regina Jones est tant préoccupée par le sujet. Heureusement, Little China est un quartier plus fréquentable, quoique surpeuplé. Kabuki est le quartier pauvre le plus fonctionnel de la ville, bien qu’il faudra toujours se méfier des désosseurs et des charcudocs véreux. Les premiers kidnappent les personnes modifiées pour leur voler leur implants. Les derniers opèrent leurs patients et font des modifications corporelles avec du matériel « de seconde main ». Notons que c’est à Kabuki que vit Judy Alvarez, une jeune femme à laquelle vous aurez beaucoup affaire. On y trouve aussi le Lizzie’s, un bar appartenant aux Mox. Il s’agit sans doute du gang le plus pacifique de la ville dans la mesure où il a pour vocation de résister face aux oppresseurs. Le groupe est composé de travailleurs et travailleuses du sexe, ou de personnes appartenant à des minorités.

Enfourchez votre moto ou prenez le métro pour vous rendre à Westbrook, au sud-est de Watson. Le sous-district le plus important en est sans doute Japan Town. Il s’agit d’un lieu très touristique et prisé de Night City, où l’on peut trouver toutes sortes de divertissements. Si les hologrammes inspirés du Japon ne vous suffisent pas, vous pourrez toujours aller vous occuper dans le Casino ou dans le bordel le plus proche. Japan Town est le terrain de jeu de dame Wakado Okada mais aussi des Tigers Claws. Ce gang n’a rien à envier à la Triade ou aux Yakuzas qui existaient autrefois. L’est de Westbrook contient le sous-district de North Oaks, surplombant celui de Charter Hill. Si vous vivez à Charter Hill, vous êtes chanceux ou ambitieux. Vous n’avez pour autant pas encore gravi les échelons jusqu’au sommet de la chaîne alimentaire. Toutes les personnalités publiques ou influentes vivent à North Oaks. Les collines sont jonchées de résidences toutes plus vastes et luxueuses les unes que les autres. C’est dans cet endroit très sécurisé que l’on retrouve le manoir Arasaka ou le villa de Kerry Eurodyne, un musicien ayant côtoyé Johnny Silverhand.

Le Centre-ville se trouve… au centre de Night City. Étonnant, n’est-ce pas ? La tour Arasaka y fut victime d’une explosion, il y a 50 ans. Le quartier a pourtant été reconstruit et incarne aujourd’hui une puissance à la fois économique et sociale. Ainsi, seuls les membres de la caste supérieure vivent à Downtown. Corpo Plaza est un monument important de la ville : on y trouve un rond-point gigantesque orné du Memorial Park, érigé en l’honneur des victimes passées. Juste au sud du centre-ville, Heywood est le quartier le plus contrasté de Night City. Vous y trouverez une forte population ayant des origines latines. Les Valentinos y ont élu domicile. Ils sont reconnaissables à leurs armes en or ou à leurs bijoux représentant des symboles religieux. D’ailleurs, ne vous fiez pas à l’apparente sagesse du père Ibbara, car il est le fixer du coin. Au fur et à mesure que vous allez vers le sud-est, Heywood est de plus en plus inhospitalier. Wellsprings est un sous-district contrasté. Bien que l’hôtel de ville se trouve dans le Glen, les lieux ne sont pas sûrs, reflétant probablement la corruption du Maire. Quant à Vista del Rey, c’est un sous-district en pleine agonie.

Santo Domingo est l’un des quartiers les plus anciens de la ville, si bien qu’il a accueilli de nombreux réfugiés pendant la guerre. Il se situe au sud-est de Night City. On y trouve le parc industriel, la centrale électrique et de très nombreux chantiers de construction. Arroyo comporte principalement une vieille centrale nucléaire et des usines de robots. C’est le territoire des 6th Street, un gang composé d’anciens patriotes américains. Si, autrefois, ils avaient le rôle de police civile, aujourd’hui, ils n’hésitent pas à extorquer les gens placés sous leur « protection ». Aux frontières du désert se trouve le quartier de Rancho Coronado. Oubliez les gratte-ciels interminables, les néons et les hologrammes. Vous serez dépaysés car Rancho Coronado s’inspire des banlieues américaines du 20ème siècle. La population, surtout composée d’ouvriers, croit y vivre des jours paisibles ; mais toutes les maisons sont identiques et ils n’ont aucune échappatoire. Le rêve américain n’est jamais qu’un mirage. Notons que Santo Domingo est aussi et surtout le terrain de jeu d’El Capitan. S’il vous juge digne de confiance, il vous proposera des contrats juteux, mais aussi des « prêts » de véhicules.

Entre parenthèses, que serait Night City sans les Badlands, à l’est ? Il s’agit de terres désolées et inhospitalières. Vous y ferez peu de rencontres, or, elles risquent d’être mauvaises. Le policier River Ward vous y offrira un pied-à-terre. Les Aldecados sont des Nomades qui vous accueilleront à bras ouverts, malgré le tempérament farouche de Panam Palmer. Mais en dehors de cela, vous n’y croiserez que des bandits de grands chemins.

Terminons par mon quartier préféré. Il s’agit de Pacifica, situé au sud-ouest de Night City. On y trouve West Wind Estate et Coast View. La vue sur la plage y est imprenable, d’autant plus qu’on distingue, au loin, la silhouette d’un parc d’attraction. Mais ne vous fiez pas à l’apparence idyllique de ce quartier. Ce n’est que le vestige de son ambition passée. Aujourd’hui, Pacifica est plutôt un bidonville. En vous approchant, vous réalisez que les manèges sont laissés à l’abandon et que les plages sont envahies de dealers. Pacifica est le territoire des Voodoo Boys. Après la disparition d’Haïti, ils ont installé une population créole dans le quartier. Les Voodoo Boys sont notamment des Netrunners, autrement dit des experts en piratage informatique. Comme si ce danger ne suffisait pas, on y trouve aussi de plus en plus d’Animals. Il s’agit d’un gang extrêmement violent, dont les membres s’injectent de l’ultra-testostérone et des compléments d’origine animale. Ces athlètes ne jurent que par le combat et arborent parfois même des traits bestiaux.

Est-ce que Dogtown fait partie de Pacifica ? Oui et Non. Il s’agit d’un district indépendant de Night City. Il est difficile de pouvoir s’y rendre, à moins de trouver un moyen clandestin (et peu sûr). On sait peu de choses au sujet de ce huis-clos si ce n’est que les habitants de Pacifica ont l’air d’enfants de chœur, par rapport à la population de Dogtown. Le mystérieux M. Hands, qui vous a sans doute fourni quelques contrats à Pacifica, y vit. Mais je n’en dirai pas plus. L’extension Phantom Liberty vous présentera bien mieux Dogtown que moi.

Night City n’est visiblement pas le genre de ville où l’on part en vacances, et d’où l’on envoie des cartes postales. On y est trop occupés à protéger son portefeuille, voire même sa vie. Et pourtant, cette jungle urbaine possède un charme inégalable. Chaque district possède son propre vécu et une atmosphère unique. On se surprend à vouloir aider la police, à signer des contrats tous plus illégaux les uns que les autres, et en même temps à chercher des cartes de tarots virtuelles. J’aurais aimé que des événements aléatoires et des quêtes annexes plus variés ou plus riches s’y déroulent ; ou même que l’on puisse adhérer au gang de son choix ; et pourtant, chaque affaire a su me surprendre, en proposant des conclusions différentes. Night City est un microcosme fictif, néanmoins criant de vérité. La ville fascine tant elle dépeint avec pertinence un avenir qui se concrétisera, si nous continuons à emprunter certaines voies.